Ecrasés par la canicule
les mots fondent sous le clavier
impossible de frôler
la peau des mondes à venir.
(journal des mots n°1046/ 30 juin 2012)
île de mots…
Ecrasés par la canicule
les mots fondent sous le clavier
impossible de frôler
la peau des mondes à venir.
(journal des mots n°1046/ 30 juin 2012)
Balafrant nos imaginations
la griffe du mot s’incruste en profondeur
marque impitoyable
des désolations provoquées par la lecture.
(journal des mots n°105 / 27 juin 2012)
Nous avons trop pleuré. La vallée de larmes est devenue océan sur lequel aucun navire ne flotte. Pas de trajets possibles sur cette étendue qu’il convient dorénavant d’assécher par nos éclats de rires ; de remplir de toutes nos jubilations le fleuve qui coule en son centre ; de construire sur ses berges maisons sur pilotis ; de préparer barques, navires, vaisseaux pour nos explorations futures ; enfin de noyer, sans sommation aucune, les cyniques avec leur désespérante et inutile lucidité. L’écrivain n’est pas un de ces tristes sires. Il est plutôt cet intranquille qui cherche l’apaisement sur le bord du ponton du fleuve, cherchant son trajet des yeux. Sur la photo, il vient de plonger à l’instant pour connaître aussi le milieu où il va dessiner son chemin d’écumes. Et ce trajet est paradoxalement toujours le même et jamais le même. Trouver le trajet nécessite de longues flâneries au bord du ponton pour regarder le monde et… voir le monde. Tous les voyages sont possibles et les hommes ont besoin de lignes pour circuler, voyager, se promener. La ligne droite n’est pas forcément le meilleur parcours. Les zigzags des cimes des montagnes ? Un plus sûr moyen de trouver l’invisible. Le métier de l’écrivain est de créer ces lignes, ces routes et ces chemins ; de compléter les cartes ancestrales tracées pour garder mémoire des trajets. Et l’écrivain devient une sorte d’aborigène connaissant le chant des pistes. Impression qu’aujourd’hui, toute notre vision repose sur une cartographie de l’espace qui ne laisse plus la place à l’imprévu, au non-inscrit, à l’imprévisible. Nous avons trop pleuré et nous étouffons. Sur le bord du fleuve, heureusement, il y a toujours du vent, qui mènera barques, navires, vaisseaux vers l’océan ; qui lui, dans sa grande sagesse, ne proposera que son étendue et ses abimes, mais pas seulement que ces abimes. Et la vie ne ressemble pas à celle convenue du nageur olympique, contraint de suivre sa ligne en un temps record. Mirages. Les lignes ne sont-elles devenues que béquille ou guide moral ? Une fuite, une peur d’inspirer ou d’expirer. Nous avons trop pleuré… Maintenant, respirons…
Silence alias Franck Queyraud
Telles des bulles de savon,
les mots s’envolent dans l’air du temps
ils attendent le stylo
qui déchirera l’hésitation.
(journal des mots n°104 / 24 juin 2012)
Vase communicant avec Chez Jeanne
« dans la cosmogénie celte, le pouvoir d’un songe est aussi réel que la trace d’un pas. » Hugo Pratt
Corto attendait..
dos à l’amer.
dressé. fier.
on aura écouté la mer au creux d’un coquillage, là, dans l’ombre d’une palmeraie – sur les bords de Samarkand. on se sera retrouvé au bord d’un monde qui tait son nom de crainte de trop en dire. Avec nous les odeurs de roses éphémères, des effluves du bazar quelques ruelles plus bas nous revenaient épicées et nous laissaient suaves.
on avait poussé jusqu’à Boukhara, avions pris date au palais des derniers rois « sitorai mokhi khossa », « le lieu de rendez-vous de la Lune avec les étoiles ».
d’ici, d’où nous rêvions, tout n’était que doux.
nous n’étions plus ces embruns de bretagne qui frappent parfois les phares. Nous nous rêvions d’ailleurs ou d’outrepart. plus brumes ou vapeurs. aériens nous étions.
nous étions marins sur l’Eridan, Orion à s’approcher de Cassiopée. Toutes voiles hissées. Le large nous menaient.
les nuages naissaient dans les montagnes et déversaient leurs larmes bruinantes tout autour. On avait retrouvé la mer dans les coquillages murmurants. On se perdait là, à ne plus savoir qui du ciel ou de l’écume tenait ce bleu. on oubliait qui des vagues ou de notre houle nous emportait – et tout sur notre passage.
nous n’étions pas – déjà plus – ces embruns de Bretagne qui frappent parfois les phares. Nous disparissions au soleil couchant – d’ether et de rose fardés. nous nous rêvions et menions l’ailleurs en d’autres temps. on s’échappait. nous aimions Samarkand. nous. étions. Samarkand. sa route de soie tissée au fil des songes..
&.
Corto attendait..
dos à l’amer.
dressé. rêveur fier.
Même si l’hésitation n’est plus de mise, tout concoure à me faire regretter -un peu- de quitter Paris, les amis qui ne cessent de m’inviter à dîner, les rues qui deviennent vivables en cette période estivale, le coucher de soleil sur la tour Eiffel que je suis en train de dessiner, il y a aussi le sourire de cette jolie femme, mon appartement grand et pratique, les épiceries du quartier, mais je me sens piégé, pris dans la nasse de cette vie frénétique, grisante, enivrante malgré tout mes efforts je suis emporté par le futile, les tentations et les relations sociales si faciles, je n’arrive pas à finir mes projets de bandes-dessinées, et puis le présent est trop éprouvant, je n’arrive plus à trouver ce brin de légèreté pour supporter telle ou telle contrainte, je ne sais plus attraper ce grain de folie qui me fait aimer mon métier, qui me permet de créer toutes ces histoires, qui fait que je me sens exister, et quand respirer devient difficile, quand être soi-même devient un effort, quand se perdre dans le mensonge des autres nous guette, alors il faut partir, suivre les flammes de l’été, celles que j’ai esquissées au-dessus de la tour Eiffel.
d’après la photo du jour le 1er juillet 2012 par @petrichor218_gi sur Webstagram
Sur un paysage atone
allumer la lumière des mots
qui griffe en profondeur
cette douceur des possibles
(journal des mots n°103 / 22 juin 2012)
Comme un tableau fantôme
Les mots ont dissous mon silence
la phrase racle dans vos oreilles
explosion continue de nos peurs
à fleurs de peau
(journal des mots n°102 / 19 juin 2012)
cette photo est dans l’album de famille et elle me donne le vertige, je suis très mal à l’aise quand je la regarde, je reconnais les lieux, pas le couple, il y a pourtant de l’amour dans l’air, l’idylle est figée à jamais dans ce noir et blanc, l’amour est éternel mais fragile à la fois, il va peut-être la lâcher dans la seconde qui suit et prendra fin la belle image, elle va peut-être se dégager pour s’enfuir à la nage, tout est figé et mensonger à la fois, je suis très mal à l’aise, je ne reconnais pas le couple dans ces souvenirs de famille, je n’ai ni fille ni fils, des amis, de vagues connaissances, des inconnus pris à leur insu juste pour la beauté de l’image, ma femme et moi n’avons jamais réussis à vivre cette insouciance, il a fallu tout de suite prendre la vie au sérieux et être des adultes, le boulot et l’argent étaient les seules choses qui nous préoccupaient, nous vivions à 200 km/heure, la folle illusion que c’était cela la vie, que les enfants seraient des fardeaux, que les amis devaient être à la hauteur de nos ambitions et de notre standing, on fait le vide et les connaissances que nous avons maintenant sont superficielles, liées aux circonstances, chaque fois que nous changeons de villes et parfois de pays, c’est sans état d’âme que nous changeons aussi le cercle de nos amis, aujourd’hui ma femme est partie avec l’un de ces “amis” sans un mot et sans regret, je suis très mal à l’aise, et cette détonation dans mon coeur m’anéantit avec une telle intensité que je sens bien que je perds la tête, je suis très mal à l’aise, j’ai le vertige, je tombe, sans savoir si cela va s’arrêter
d’après la photo du jour le 22 juin 2012 par @lisabiasio sur Webstagram
En apnée, je regarde
ces mots où je cherche des fleurs
comme un point d’ancrage
dans le courant d’air du monde
(journal des mots n°101 / 18 juin 2012)