Vases communicants – Le rêve – François Le Niçois

Villa Rêve

 

 

 

Une villa mon rêve (même rose) n’a jamais été l’une de mes lubies. Quitte à rêver, je préfèrerais bâtir une œuvre plutôt qu’une maison mais quelques messages sur un blog n’en sont les fondations. Écrire reste un rêve.

 

 

 

 

 

 

 

 

SalondeTheLondon

 

 

 

En tant que lecteur, j’aime savourer les mots, mâcher les phrases, décortiquer les paragraphes. Je ne me contente pas de lire des yeux, quand c’est possible je lis à haute-voix. Tous les sens se mettent au service du sens.

 

 

 

 
VitrineMusee

 

 

Et pourtant la jouissance la plus totale surgit devant l’illisible. Je vois bien qu’il s’agit d’un texte mais si l’écriture, la langue ou l’état physique du support en empêche la lecture, alors le rêve peut reprendre place, l’imagination s’ouvrir…

 

 

 

 

 

 

 

François Le Niçois sur des photos de Xavier Galaup

Vase communicant avec Vu du balcon

Vases communicants

Vases communicants : Nous avons trop pleuré – Franck Queyraud

Ponton au dessus d'une mer bleue

Nous avons trop pleuré. La vallée de larmes est devenue océan sur lequel aucun navire ne flotte. Pas de trajets possibles sur cette étendue qu’il convient dorénavant d’assécher par nos éclats de rires ; de remplir de toutes nos jubilations le fleuve qui coule en son centre ; de construire sur ses berges maisons sur pilotis ; de préparer barques, navires, vaisseaux pour nos explorations futures ; enfin de noyer, sans sommation aucune, les cyniques avec leur désespérante et inutile lucidité. L’écrivain n’est pas un de ces tristes sires. Il est plutôt cet intranquille qui cherche l’apaisement sur le bord du ponton du fleuve, cherchant son trajet des yeux. Sur la photo, il vient de plonger à l’instant pour connaître aussi le milieu où il va dessiner son chemin d’écumes. Et ce trajet est paradoxalement toujours le même et jamais le même. Trouver le trajet nécessite de longues flâneries au bord du ponton pour regarder le monde et… voir le monde. Tous les voyages sont possibles et les hommes ont besoin de lignes pour circuler, voyager, se promener. La ligne droite n’est pas forcément le meilleur parcours. Les zigzags des cimes des montagnes ? Un plus sûr moyen de trouver l’invisible. Le métier de l’écrivain est de créer ces lignes, ces routes et ces chemins ; de compléter les cartes ancestrales tracées pour garder mémoire des trajets. Et l’écrivain devient une sorte d’aborigène connaissant le chant des pistes. Impression qu’aujourd’hui, toute notre vision repose sur une cartographie de l’espace qui ne laisse plus la place à l’imprévu, au non-inscrit, à l’imprévisible. Nous avons trop pleuré et nous étouffons. Sur le bord du fleuve, heureusement, il y a toujours du vent, qui mènera barques, navires, vaisseaux vers l’océan ; qui lui, dans sa grande sagesse, ne proposera que son étendue et ses abimes, mais pas seulement que ces abimes. Et la vie ne ressemble pas à celle convenue du nageur olympique, contraint de suivre sa ligne en un temps record. Mirages. Les lignes ne sont-elles devenues que béquille ou guide moral ? Une fuite, une peur d’inspirer ou d’expirer. Nous avons trop pleuré… Maintenant, respirons…

Silence alias Franck Queyraud

Vase communicant avec Flanerie quotidienne

Vases communiquants

Vases communicants juillet 2012: Samarkand rêvé…

Vase communicant avec Chez Jeanne

Vases communiquants

Vue Sur un Jardin derrière une porte

« dans la cosmogénie celte, le pouvoir d’un songe est aussi réel que la trace d’un pas. » Hugo Pratt

Corto attendait..
dos à l’amer.
dressé. fier.

on aura écouté la mer au creux d’un coquillage, là, dans l’ombre d’une palmeraie – sur les bords de Samarkand. on se sera retrouvé au bord d’un monde qui tait son nom de crainte de trop en dire. Avec nous les odeurs de roses éphémères, des effluves du bazar quelques ruelles plus bas nous revenaient épicées et nous laissaient suaves.

on avait poussé jusqu’à Boukhara, avions pris date au palais des derniers rois « sitorai mokhi khossa », « le lieu de rendez-vous de la Lune avec les étoiles ».
d’ici, d’où nous rêvions, tout n’était que doux.
nous n’étions plus ces embruns de bretagne qui frappent parfois les phares. Nous nous rêvions d’ailleurs ou d’outrepart. plus brumes ou vapeurs. aériens nous étions.
nous étions marins sur l’Eridan, Orion à s’approcher de Cassiopée. Toutes voiles hissées. Le large nous menaient.
les nuages naissaient dans les montagnes et déversaient leurs larmes bruinantes tout autour. On avait retrouvé la mer dans les coquillages murmurants. On se perdait là, à ne plus savoir qui du ciel ou de l’écume tenait ce bleu. on oubliait qui des vagues ou de notre houle nous emportait – et tout sur notre passage.
nous n’étions pas – déjà plus – ces embruns de Bretagne qui frappent parfois les phares. Nous disparissions au soleil couchant – d’ether et de rose fardés. nous nous rêvions et menions l’ailleurs en d’autres temps. on s’échappait. nous aimions Samarkand. nous. étions. Samarkand. sa route de soie tissée au fil des songes..

&.
Corto attendait..
dos à l’amer.
dressé. rêveur fier.

Vases communicants: Elle rêvait qu’elle rêvait et la voilà qui rêve encore

Vase communicant avec WingsOfFlo

Vases communiquants

Chaise dans les feuillagesElle rêvait qu’elle rêvait et la voilà qui rêve encore

Son ventre se tort, elle est en sueur. Elle le cherche..
Elle avait entendu ce frottement dans la cuisine. Son pied léger glissant sur les tomettes fraîches, le tintement de la théière contre la tasse, le gargouillis de l’eau.. elle s’était levée pour le rejoindre. Mais la cuisine était vide. Seule la fenêtre ouverte et le rideau dansant dans le vent attestaient d’une présence quelques minutes auparavant. La théière était chaude. Pas de tasse et le plateau gisait contre la cuisinière.. En avait-il bougé? Quelque chose la traversait de part en part comme un écho très lourd. Le manque de sa voix douce existait bien en elle

Pieds nus sur la terrasse, elle avait parcouru quelques marches en direction de son endroit de rêve… le trouver. Mais dans les entrelacs de lierre il n’y avait qu’une chaise. Poussiéreuse, un pied de travers, rouillée. Comme abandonnée et résolument vide depuis longtemps. Après le mur de feuilles, son passage sur la peau comme cet espoir secret qu’elle ne voyait pas tout. Que tout viendrait encore, et dans ce tout…… Elle trahissait sans doute une part d’elle-même. Autour d’elle, seul le vent sculptait les frondaisons, impérial, désespérément, pas un oiseau qui piaille. Au loin pourtant le bruit du ressac, comme sur une autre sphère, semblait offrir refuge à son désir. Le signe de sa présence, assit au bord de l’eau.

Elle avait suivi la sente, guidée par la brise marine qui froissait les vagues, jusqu’au ponton de pierre et de bois. Le vide sidéral de la mer collé à cette masse d’eau solide, quelques cris stridents comme stries douloureuses dans ce bleu cinglant, l’avaient saisie au coeur comme un couteau tranchant. Mais où était-elle? Elle savait juste ces chemins qu’ils s’inventent.. et l’odeur de sa peau un peu salée une fois allongés dans le sable où ils aimaient à se rouler. Là s’étalait un vide et elle glissait dedans. Il n’y avait rien après que les fibres du bois. Elle avait prononcé son nom. Mais aucun son n’était sorti.

Titubant, elle s’était assise à même la pierre. Le froid l’avait saisie. Comme on sort d’une nuit vaine de labyrinthes et guerres enchevêtrés, un monde entier sur la poitrine et ce relent en bouche, méphitique, une main ennemie sur la nuque, jouant de nos vertèbres comme avec des osselets, elle s’était retrouvée sur la chaise, le dessin découpé de l’assise imprimé dans la cuisse.. Elle était là depuis longtemps sans doute. Sur la table le dernier feuillet survivant d’un journal emporté par le vent, retenu par sa tasse. Une seule.. pas de théière.. et dedans, la trace du café.  Un peu de chocolat aussi. Bien étrange qu’il en reste. Sur la chaise d’en face, se sac informe qui aurait pu être à n’importe qui et cette revue gratuite, luxueuse quadrichromie montrant de beaux jardins. Entre les pages un mot glissé : « Je t’attends au café ». Mais de quand datait-il? Sa vie passait d’un sac à l’autre, comme une succession d’instantanés que l’on brasse à la manière des cartes à jouer et pour finir elle ne retrouvait rien. Le jour avait faibli, le vent s’était levé emportant les vestiges du jour. Il devait faire les courses.

Revue en main, elle remonta lentement l’allée menant à la cuisine dans un état second. Eu la vision d’un visage d’ange et d’or, gisant au milieu du chemin, comme dans un songe raté… De quoi était-ce le symptôme? « De qui » n’est pas de mise ici pour des êtres de chair. Elle avait dormi trop longtemps. Aucune idée de l’heure. Dans la rue en contrebas pas un bruit de moteur. On ne fait pas les courses un dimanche par ici. Déçue et triste, elle cherchait encore une brèche dans ce tableau irrévocable, refusant de comprendre. Passant le long de la véranda, elle vit dans la baie vitrée le reflet de la ville. Et non celle du jardin où ils s’asseyaient… Et ce mannequin inerte dans la vitrine, lui jetait son image comme un signal funeste. Alors que la pensée qu’elle avait de lui la berçait, rassurante, et que sa mémoire si précise l’avait conduite à le sentir si fort à ses côtés, la peau de son bras, chaude contre la sienne, elle s’était reconnue, parfaitement creuse, immobile et sage comme cette image que l’on attendait d’elle. Elle était restée là, terrifiée, et comprenant enfin. Elle avait observée l’injonction avec scrupule, comme un petit pantin au bout de ses fils..

Elle s’était réveillée enfin au bas du canapé, la tête en miette. Elle avait respiré, senti avec soulagement le souffle tiède par la porte du balcon, entendu le pigeon griffant le rebord de la fenêtre.. Revenue à elle-même elle avait parcouru, rassurée, les pièces désertes de l’appartement.. Sur la table traînait cette photo d’une maison de rêve, oh.. une simple petite maison basse et un peu délabrée, avec sur l’arrière invisible au passant, mais pas au spectateur, une terrasse de pierre et son petit bassin.. Et dans les bras du lierre sur le jardin d’hiver, deux chaises et cette table jonchée de livres et de tasses à café, quelques carreaux de chocolat, dans un désordre savant de vie partagée.. Au dos de la photo cette écriture aimée: « Mon amour nous habitons ici ». Et ce verbe au présent. Ce jeu tacite, qui consistait à prendre leurs doux désirs pour la réalité, et s’en vêtir l’un l’autre pour prolonger la fête qui existait entre eux. Dans une chemise cartonnée, ses photos de la veille, une chaise dans le jardin de sa grand mère, et un ponton de bois.. La vitrine du bouquiniste et il était en elle.

Elle cherchait l’en-soi, en lui, or leurs champs étaient distants, quoi que leurs désirs d’amour étaient identiques et réels. Elle songe maintenant à d’autres signes. Le souffle dans son cou, le parfum de sa chair. Cette joie dans les yeux. Elle parle, elle lui parle, et ça c’est bien réel quand le cadre s’anime.. Maintenant que le Silence est total elle le comprend enfin. Image d’elle même à ses yeux propres, elle était figée, argentique immobile, hors du temps, parfois au centre, hors-cadre le plus souvent. Une fioriture seulement. A quoi conduit l’intime quand on est au-dehors à observer sa vie. Juste à ce rêve d’encre et de papier pour qu’il y glisse lentement ses doigts et qu’il la regarde afin qu’elle vive. Qu’il la lise à voix haute et que, le livre étant offert, il s’y plonge pour faire partie des mots de leur vie.

Elle rêvait qu’elle rêvait et la voilà qui rêve encore et cela est heureux car ainsi vient la vie.

Vases communicants: Chanel à Bruxelles and co

Vase communicant avec La pelle est au tractopelle ce qu’est la camomille à Camille

Vases communiquants

Chanel à Bruxelles and co

Coco Chanel, sortie du métro porte de Hal, s’étonne de la pelouse pelée.
Coco Chanel écoute le guide chanter la gloire de cobra et se surprend à apprécier malgré elle le graf de celui-ci, tracé d’une ligne épurée.
Coco Chanel trouve que c’est bien vu d’écrire le F de freedom dans un cercle et note l’idée, elle la replacera bien un jour.
Coco Chanel se demande se qu’elle fait dans cette ville de province où les immeubles ne sont pas alignés, ni leurs fondations d’équerre, ni les rues rectilignes. Que du guingois.
– En plus ce n’est pas une ville de province, c’est une capitale.
Coco Chanel aperçoit une petite danseuse chinoise en tutu qui tague en entrechat sans regarder ce qu’elle fait et se demande si c’est ça le talent.
Coco Chanel écoute le guide expliquer le graf qu’il a fait pour son amoureuse sur une baraque à frite et se demande si l’amour est raisonnable.
Coco accroche ses yeux au mur, une Longue Chenille de mots qui attendent, mais quoi…
Coco Chanel frémit, des invaders ont envahi la rue, enfin au moins un, alors qu’on est déjà en 2012.

Coco Chanel trouve les pavés disjoints dangereux pour les talons, gare aux tendinites.
Coco Chanel s’exaspère de l’embrouillamini de graffitis et juge Diogène carrément surévalué.
Coco Chanel ne comprend pas cet urbanisme de broc ou des immeubles sont implantés en biais.
Coco Chanel trouve que les passants sont vêtus de loques, ou dans le meilleur des cas de frusques qui jurent entre elles.
Coco Chanel regrette de ne pas avoir été dignement présentée aux vingt agents de la mairie qui traquent les graffers, les tagueurs ainsi que les street-artistes 365 jours sur 365.
Coco Chanel trouve complètement illégitime, voir révoltant, que l’on porte atteinte aux murs privés avec des dessins dignes d’enfants de deux ans.
Elle rêve de laque de signes, elle guette les hautes lettres colériques, l’envol n’est pas loin.
Coco Chanel t’en ficherait du chic, partout, du chic dans ces rues biscornues, ces trottoirs troués et le monde ne s’en porterait pas plus moche.seqd
Coco Chanel va avoir ses vapeurs si elle reste plus longtemps dans un endroit fichu comme l’as de pique et hallucine des formes épurées.
Coco Chanel se demande où vont ceux qui partent et se dit qu’ y en a qu’ont bien de la chance.
Coco se détourne des fesses rebondies où se trouve tatoué le premier article de la vingt cinquième constitution belge.
Coco Chanel abhorre la pluie et songe qu’il faudrait couper net la tête aux conducteurs de tram en grève, elle est dans ses petites ballerines à Bruxelles.
Coco Chanel se sent désespérément seule et incomprise dans cette ville de province, pas digne d’être l’écrin de son talent étincelant, même si cette ville est, parait-il, une capitale.
Coco vole une bombe et trace d’un trait bleu et d’une main véloce, ni dieu, ni jean-paul 2.

la règle du jeu / Daniel Bourion

Vase communicant: Face Ecran

Vases communiquants

La règle du jeu ne variait pas : on tirait au sort tous les mois dans les listes électorales un inconnu ensuite enlevé un matin par les troupes spécialement entraînées pour cela et dont le travail propre net et sans bavures était depuis longtemps reconnu. Une fois le candidat involontaire endormi, sa mémoire était soigneusement lavée de tout souvenir par des méthodes gardées secrètes puis on le déposait dans le centre commercial totalement vidé et truffé de caméras invisibles. Enfermé là, l’individu s’éveillait seul.

C’est le moment où les paris en ligne affluaient, chaque spectateur misant sur des possibles plus ou moins probables (personne ne doutait plus que l’individu se servirait quelque chose à boire et partirait sans payer, ou passerait de longues premières minutes à hurler dans l’espoir vain d’une réponse).

Les gains les plus importants se faisaient évidemment sur le plus spectaculaire, crise de démence, sanglots, fissure de l’être et parfois même, ces jours où toutes les audiences explosaient, suicide en direct.

On ne savait pas ce que devenait les candidats une fois les projecteurs éteints. Aucun n’était jamais rentré chez lui, mais leurs familles éventuelles ne cherchaient pas plus loin : les compensations versées par les multinationales télévisuelles consolaient assurément de tout.