Premier baiser

https://500px.com/photo/1122527852/dinard-by-yves-l.

Demain matin, c’est le départ, la fin des vacances et le retour dans notre déprimant appartement parisien. La météo, ciel couvert et couleurs crépusculaires, est à l’unisson de mon spleen.

Cette trop belle parenthèse à Dinard s’achève. Quel immense sentiment de liberté pendant 15 jours ! A part les deux repas de la journée où toue la famille devait être présente, tout le reste de la journée était à notre bon vouloir. Il fallait juste dire où on allait si on s’éloignait des parents. Résultats : des heures à la plage, baignade et bronzage, émerveillement devant tous ces beaux corps, petits échanges de regard complices mais qui ne vont pas plus loin ; un après-midi au mini-golf à s’énerver et à rire ; un peu de lèche-vitrine sans conviction et surtout sans un sou… ; dégustation d’une glace en regardant le coucher de soleil avec petits frissons juste avant que la température ne baisse.

Et surtout cette soirée festive au camping ! J’ai pu accrocher mon premier baiser, une jeune fille aux long cils très tactile et qui m’avait mis en confiance. Je me suis fait chambrer par mon frère pendant des heures… jusqu’à ce qu’on apprenne qu’elle était partie précipitamment avec ses parents suite à la tentative de suicide de sa mère. Autres frissons moins agréables et des cauchemars. Après j’ai broyé du noir et j’ai repoussé toutes les avances à la dernière soirée du camping, de peur d’être maudit.

(Inspiration : https://500px.com/photo/1122527852/dinard-by-yves-l.)

Non ce n’est pas l’automne

Non ce n’est pas l’automne et pourtant des feuilles d’arbres s’envolent et tombent ici. J’essaie de ne plus voir les barreaux, les grillages ou les murs. Je pense à l’automne dans mon jardin, un verre de vin à la main pour déguster les derniers rayons du soleil. Tout était simple à l’époque : travail, famille, amis. Mon seul plaisir solitaire c’était les ballades en VTT dans la forêt voisine. Des heures à pédaler, à grimper, descendre et slalomer entre les arbres, à surfer sur les dénivelés, à respirer le grand air et à fatiguer mes angoisses. Pourquoi me suis-je arrêté ce jour-là ? Des joggeurs et joggeuses j’en croisais tout le temps et on s’ignorait réciproquement, au mieux un petit signe pour dire bonjour… et là, je me suis arrêté à coté de cette joggeuse fatiguée et visiblement en détresse. Elle ne voulait aucune aide. Elle voulait rester seule. Elle voulait qu’on la laisse tranquille, « que le monde lui foute la paix » a-t-elle finit par hurler. Je suis reparti avec un drôle de malaise et l’esprit ailleurs. Je me sentais un peu solidaire de ce hurlement « qu’on me foute la paix ! ». Et il a fallu qu’on grand malade mental s’en prenne à elle, il a fallu qu’on croit que c’est moi ce grand malade et me voici ici dans cette prison a rêver devant de pauvres feuilles mortes.

(Evreux 04 avril, d’après cette image https://fershteh.aminus3.com/image/2025-04-01.html )

Douceur de l’argile

La terre sous mes mains prend forme. Douceur de l’argile à travailler. Presque plus de rugosité à force de lissage. Le vase prendre forme et je sens les courbes s’affirmer. Mes longs doigts de pianiste compose un concerto de terre et d’eau. Pleins et déliés mes mains trace dans l’air une musique enlevée et amoureuse. Je pense à sa destinatrice et aux fleurs qui pourront y trouver refuge quelques jours avant de mourir. Choyer ce bel écrin pour des bouquets soyeux et joyeux. Arrondir les formes pour réjouir son visage quand elle le regardera. Éliminer toutes les aspérités qui pourraient faire douter de mon amour pour elle. Une dernière accélération du tour pour achever le lissage. Au même moment, je commence à visualiser les motifs géométriques qui couvriront les flans de ce vase. Comme une exclamation de son caractère doux mais sûr d’elle, enjoué mais cachant ses fêlures mais solaire avec de joyeuses zones d’ombre.

(d’après photo https://www.fotocommunity.fr/photo/potier-au-travail-eric59/49089744 )