Premier baiser

https://500px.com/photo/1122527852/dinard-by-yves-l.

Demain matin, c’est le départ, la fin des vacances et le retour dans notre déprimant appartement parisien. La météo, ciel couvert et couleurs crépusculaires, est à l’unisson de mon spleen.

Cette trop belle parenthèse à Dinard s’achève. Quel immense sentiment de liberté pendant 15 jours ! A part les deux repas de la journée où toue la famille devait être présente, tout le reste de la journée était à notre bon vouloir. Il fallait juste dire où on allait si on s’éloignait des parents. Résultats : des heures à la plage, baignade et bronzage, émerveillement devant tous ces beaux corps, petits échanges de regard complices mais qui ne vont pas plus loin ; un après-midi au mini-golf à s’énerver et à rire ; un peu de lèche-vitrine sans conviction et surtout sans un sou… ; dégustation d’une glace en regardant le coucher de soleil avec petits frissons juste avant que la température ne baisse.

Et surtout cette soirée festive au camping ! J’ai pu accrocher mon premier baiser, une jeune fille aux long cils très tactile et qui m’avait mis en confiance. Je me suis fait chambrer par mon frère pendant des heures… jusqu’à ce qu’on apprenne qu’elle était partie précipitamment avec ses parents suite à la tentative de suicide de sa mère. Autres frissons moins agréables et des cauchemars. Après j’ai broyé du noir et j’ai repoussé toutes les avances à la dernière soirée du camping, de peur d’être maudit.

(Inspiration : https://500px.com/photo/1122527852/dinard-by-yves-l.)

Un seul mot et tout est dépeuplé

Fukushima
Un seul mot et tout est dépeuplé
Fukushima
Un seul mot nous rend muet
Fukushima
Un seul mot pour un vide qui s’installe
effarement et déréliction
Remember Fukushima
c’est tout ce qui nous reste
à notre vocabulaire qui s’est appauvri.

(journal des mots n°186 bis / 9 mars 2014)

Au détour d’un foulard, j’ai perdu sa trace

Linge au Rajasthan

Il y a longtemps que j’ai perdu sa trace… la femme aux yeux amandes. Notre rencontre s’est faite autour d’une robe qu’on accroche pour la faire sécher. Prétexte pour l’aborder, son visage métis brillait intensément sur le fond bleu des façades. Sa voix étrangement dissonante me fait toujours rêver comme une mélopée lancinante, inoubliable, insaisissable.

Mes compliments l’on fait rougir et s’enfuir à pas légers dans le dédale de ce quartier à l’écart du tourisme.

J’ai encore comme souvenir ce foulard orage perdu dans sa fuite. Au détour d’une ruelle, elle avait disparu… juste ce foulard au sol. J’ai beau le caresser, lui parler doucement ou le menacer, aucun génie n’apparaît pour me conduire à elle. Même cette photo reste insensible à mes œillades.

Tonnerre de cuivre

cors de chasse

La salle vibre de toutes ses notes. Le tonnerre des cuivres s’enfonce jusqu’au dernier rang. La voix de la chanteuse s’apprête à saisir le cœur du public. Le chef d’orchestre sourit sérieusement devant la perfection des enchaînements et le silence des spectateurs est éloquent. Je répète encore dans ma tête le passage qui m’incombe. J’imagine les notes qui s’entortillent autour du cor. Le rythme s’accélère. Je sens l’instrument qui frémit. J’harmonise ma respiration avec le tempo de l’orchestre. Je prends mon souffle, je pose ma bouche et je lance cette note jaune qui va surprendre tout le monde.

l’heure du thé

Pivoine dans une tasse calligraphiée à la japonaise

C’est l’heure du thé, j’attends sa visite. Il règne un doux parfum de fleurs créant un havre de paix alors qu’il fait mauvais dehors. Je suis impatient qu’elle arrive. Nos conversations futiles ou sérieuses s’enfilent comme un beau collier de perles. Elle a ses petits moments d’absence, le regard posé sur un nuage. Elle a ses petits sourires enigmatiques lorsqu’elle ne veut pas répondre à l’une de mes questions. Quand elle parle de son âge et de son Alzheimer , elle balaie d’un souffle mes dénégations. Il reste si peu de temps à notre amour, j’espère qu’elle ne sera pas en retard.