Photo du 23 septembre 2012: le funambule

Le Funambule

Il me fallait ce moment de légèreté, impérativement, le seul de la semaine, la plage, la mer, le sable sous les pieds, le vent sur le torse, l’apaisement de la nage, tout cela ne suffisait pas à oublier, un quotidien vide de sensations, depuis longtemps je voulais m’élever sur un fil pour me sentir léger et tromper l’ombre des jours malheureux, j’ai appris grâce à un circassien de passage, il a dit être épaté par ma volonté d’apprendre et par la rapidité avec laquelle j’avais saisis l’essentiel, une fois parti j’avais persévéré et me voici maintenant suffisamment à l’aise pour rester plusieurs minutes au-dessus du sol, être funambule, et là, je ne pense plus à rien, je me sens souffle d’air, je m’absente du monde, je le regarde avec un tel détachement que j’ai l’impression de ne plus en faire partir, je suis léger et hors du temps pendant ces quelques pas au-dessus du vide, je m’imagine grain de sable qui s’envole et disparaît.

 

la peau des mots

Arracher de son corps
la peau des mots
la mue est douloureuse
dans la nuit de papier.

(journal des mots n°113 / 5 août )

 

 

prendre des mots pour griffer

prendre des mots pour griffer
la page blanche, celle qui sourit à notre désarroi
y froisser la poésie qu’elle n’oubliera jamais
et l’abandonner aux milieux de ses habits de nuit.

(journal des mots n°112 / 4 août 2012)

Photo du jour le 24 août 2012: le coucher de soleil

Cela aura pu être la fin des vacances, si seulement elles avaient commencé, je venais de ramasser des kilos de fruits de mer pour les touristes, je faisais semblant d’être le roi du pétrole, d’être un oiseau qui s’envole, d’être comme tout le monde, en vacances, le coucher du soleil ne me faisait pas rêver, c’était le signal m’imposant de rentrer chez moi, je n’avais pas le droit de traîner en route, de jouer sur la plage, de parler à quelqu’un, je devais rentrer fissa point barre et sans oublier la paie, papa refaisait les comptes toute de suite en arrivant, il ne devait rien manquer sinon c’était la rouste illico presto, il n’y allait pas de main morte, puis papa partait, me laissant seul avec maman prostrée dans un coin, cela faisait des années qu’elle ne disait plus un mot, qu’elle fixait le sol, aucune expression sur son visage, je devais la forcer à manger, faire le ménage, me laver et il ne me restait plus qu’à me coucher, ce soir j’avais une pépite à savourer juste avant de m’endormir, revoir le coucher de soleil et le sourire de la petite fille que j’avais croisé tout à l’heure.

d’après la photo du jour le 24 août 2012 par @coro_coro et @luka04 sur Webstagram

quand les mots sont à croquer

Chocolat, maroille, gingembre
quand les mots sont à croquer
les papilles de frissons en délires
nous font perdre le corps.

(journal des mots n°108 / 8 juillet 2012)

la stupeur des mots bouleverse nos pensées

Hypnotisé par la lecture
Le stupeur des mots bouleverse nos pensées
Le crime est parfait
tant que nous ne pourrons pas nommer définitivement
ce que frôle la chimère.

(journal des mots n°107 / 2 juillet 2012)