Photo du jour le 1er novembre: trop parfait

Visage de mannequin dans une vitrine

Trop parfait, ce visage dans la vitrine, trop parfait, si beau de loin, si attirant, ce regard étrange, glacial mais mélancolique, comme cherchant de la compagnie, de loin, si beau, je devine une élégance tout en sobriété caché par la vitrine, je me sens intrigué, attiré, aimanté, et pourtant angoissé, trop parfait, si beau de loin, comme figé dans une tristesse inconsolable mais fier, la beauté plastique des mannequins sans la frime que je sens souvent dans leur fausse nonchalance, je lui souris et je m’approche, il ne m’a pas vu, si beau, si absent, il reste immobile et glacial, comme loin de moi, de nous, du monde, la ville tente désespérément de s’imprimer en lui mais rien n’y fait, ce regard étrange, il est absent, il est indifférent, ce crâne rasé le rend encore plus touchant, maladie ou volonté d’imposer son visage brut et fort, si parfait que j’ai peur de me brûler si je viens plus près, alors je prends cette photo de loin pour garder quelques temps une trace de cette beauté inconsolable.

laisse s’échouer les mots tendres

La feuille tombée dans un rouleau d’écume
laisse s’échouer les mots tendres
qui voudraient bien s’effacer
si le poète avait un moment d’inattention.

(journal des mots n°121 / 13 septembre 2012)

sous l’écorce des mots

Sous l’écorce des mots
la chair des émotions ne rougit plus
quand le sang des espoirs
s’est éparpillé en nuages.

(journal des mots n°120 / 8 septembre 2012)

Photo du jour 07 octobre 2012 – La rêveuse

Belle femme rêvant dans son jardin

à Cécile-Anne H.

La rêveuse est assise dans son jardin. La rêveuse se remémore le livre qu’elle vient de terminer. Une nième variation sur l’amour qui triomphe malgré les obstacles. La rêveuse attend les enfants qui rentrent bientôt de l’école. Ce livre l’a troublé plus qu’elle ne l’aurait imaginé avec ses questions existentielles. Dieu, et tout ça, la rêveuse n’y croit pas mais quand même le doute s’est installé. Il y a peut-être quelque chose plutôt que rien. Et si le coeur n’y est pas, la rêveuse s’est faite belle pour le repas de ce soir. Ses invités. La lassitude la quitte un peu quand elle entend le portail du jardin. Les enfants. C’est l’heure du goûter pour tout le monde.

Petits papiers

Petits papiers sur un mur en bois

C’est notre secret. Ces mots doux. Ces mots fous. Ces mots tendres. Notre amour est impossible et pourtant, il brille dans nos yeux chaque fois qu’on se croise. Alors, on s’échange ces mots tendres dans cet endroit secret. Je ne sais plus qui a eu l’idée mais c’était plus sûr que les lettres qui tombent quand on se croise. C’est un vrai défi de trouver sur quoi écrire puis ensuite de s’isoler pour faire quelques phrases. Les mots d’amour d’abord, fulgurants et simples. Quelques notes du quotidien, cette survie sans l’autre. Des confessions parfois, sur soi et sur son histoire d’avant la rencontre. Des rêves, plus rarement, sur l’aujourd’hui ou sur demain. De la peur bien sûr, que tout cela finisse d’une manière ou d’une autre. Ces mots éparpillés sur cette cabane en bois, c’est notre histoire, éphémère peut-être mais si vitale.

(texte sur carte postale)

les mots sont en cendres

Dans ce paysage abstrait
les mots sont en cendres
et pourtant mon coeur n’a pas brulé
quand tu as frôlé mes phrases de tes yeux.

(journal des mots n° 115 / 22 août 2012)