tempête

Ne le dis à personne, j’ai mon coin de paradis, je rêve devant ce petit étang, ne le dis à personne, je pars respirer l’ailleurs, je refais ma vie devant ce petit étang, ne le dis à personne, j’ai une tempête dans ma vie, une partie de mon coin de paradis s’est écroulé, ne le dis à personne, elle n’est plus, mes rêves ne savent pas où elle est partie, ne le dis à personne, je reste trop longtemps dans mon paradis, de plus en plus longtemps, je pleure ou je souris à elle, ne le dis à personne, elle n’est pas morte dans mon coin de paradis, je l’ai embrassé pour la première fois devant l’étang, ne le dis à personne, toute ma vie est dans ce paradis, même quand il n’existera plus, mes rêves le plus fous commenceront devant cet étang, même quand il n’existera plus, mes amours commenceront devant cet étang, même quand il n’existera plus, mon âme habitera le temps de cet étang.

D’après la photo d’une série intitulée balades du photoblog chambrenoire

Les yeux acides

L’acide a brûlé ce paysage
Dans chaque trait, il reste à peine
le reflet d’une ombre disparue
L’image a meurtri le métal
Dans chaque brûlure, il reste à peine
le reflet d’un souvenir

Le lointain s’efface
la brume gomme la vie
Elle oublie les hommes
L’usine se moque des champs
chaque fumée aspire les fragiles brins d’herbe
le paysage se dilue

mes yeux ont brûlé sous l’action de la pollution
mais il reste chaque fibre de mes mains
pour tracer dans la matière
les images qui disparaissent peu à peu
et les bruits s’amenuisent autour sans que je sache
si je n’entends plus ou si je suis seul.

d’après Le Monde expire… du photoblog chambrenoire

noirceur

étouffer par les lignes de force, je marche à l’aveugle dans ce couloir, tétaniser par les ombres, je tremble pourtant sous les regards, aveuglé par le noir, j’ai peur du chemin, asphyxier par le grain de l’atmosphère, je respire mes cauchemars, affolé par le silence, je voudrais ne pas courir, épuisé par ma course éperdue, il ne me reste plus qu’à photographier sans fin ce rêve de noirceur qui va peut-être m’engloutir.

d’après la photo Darkness du photoblog chambrenoire

vague à l’âme

ma peau est une écorce translucide
fragile comme un nuage
qui refuse toute lumière
son coeur noir soupire
il y a toujours de l’espoir
sa solitude blanche est une vague
qui n’attend plus rien
le gris s’effilochera
déchiré par les branches humaines
respirer encore
à plein tonnerre
l’épaisseur du monde.

d’après la photo Waves of cloud du photoblog chambre noire

Ma prison sépia

Je pense aux couleurs
je cherche des mots
Je marche dans l’oubli
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense parfois être enfermé
Je cherche le son de ma voix
Je marche dans une image sépia
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense parfois aux fous
Je cherche le goût de mes repas
Je marche sur un pont sans paysage
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense aux barreaux de la fenêtre
Je cherches les plaies sur mon corps
Je marche sur une ombre
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je marche dans ma prison
il faut des mots
pour regarder son voisin
mourir de ne pas mourir

D’après la photo Prison du photoblog chambre noire
(dernier texte d’une série inspirée de ce photoblog)

Traverser le miroir

Depuis trop longtemps le miroir m’intimide, je reste de l’autre côté du guet, depuis trop longtemps je ne vois plus les couleurs, je me suis évanoui dans la blancheur lisse, depuis trop longtemps j’aime la transparence, j’avance sans points de reflets sur la glace, depuis trop longtemps je suis confortablement invisible, je regarde avec stupeur surgir les aspérités, depuis trop longtemps ces rochers alourdissent mon âme, depuis trop longtemps l’espace est vide, j’entends craqueler la banquise de mon univers, depuis trop longtemps le feu des doutes voudrait que je traverse, depuis trop longtemps je ne veux plus tourner en rond, je marche en découvrant l’écho de mes mots…

d’après la photo ….. du photoblog Chambre noire

deuxième texte d’une série inspiré de ce photoblog

Ombres d’enfance

Les feuilles chantent mes peurs
l’enfance qui panique devant les ombres
elles ne s’envolent pas
reflets coupant qui cachent des monstres
toutes ces menaces repoussées par des cris
le couchée de soleil, c’est l’horizon des incertitudes
soudain n’être plus nulle part ailleurs
qu’avec sa solitude de tout petit enfant
et le silence des silhouettes métalliques

d’après la Photo Shadows du photoblog Chambre noire

premier texte d’une série inspiré de ce photoblog

croire et chercher à croire

croire que la douleur s’évanouie d’une simple pénitence, croire que le désir s’enfuit d’une simple prière, croire que la folie s’envole d’une simple abstinence, croire que la pierre sacrée rayonne de bienfaits, croire que prêcher suffit à effacer les pêchés, croire qu’il faut croire plus que les statues immuables, croire que la foi n’est pas une chaise vide, chercher à croire que ce qui s’envole nous sauvera, chercher à croire que les ombres ont des espoirs, chercher à croire qu’il suffit de chercher, attendre de croire que tout est perdu.

d’après la série La Suite d’Arles (2OO3) de Corinne Mercadier

(fin provisoire de ma série inspirée par les photos de cet artiste)

Carré lunaire

Demain c’est la fin du monde, ou peut-être après demain, nous sommes les derniers hommes, nous avons accomplis notre dernier voyage vers la mer, l’origine du monde, le crépuscule permanent est extraordinairement éclairé par la Lune, nous ne parlons plus, chacun remâche en lui-même sa vie, ses souvenirs du monde disparu et sa peur de mourir, je griffonne ces quelques mots au dos du Polaroïd, ma dernière vanité.

d’après la photo Carré lunaire 1 de la série Longue Distance de Corinne Mercadier

huit envolé

Non, je ne suis pas un ange
Juste un huit qui a un âme
On me croit infini
alors que je voudrais juste
m’envoler
respirer une fois
la vie des cieux
pour ici
transmettre son mystère.

d’après le huit envolé de Corinne Mercadier

(début d’une série inspirée par cette photographe, découverte grâce à Marelle)