la chaise attend…

Elle rit, de s’admirer dans ce miroir, emmené par les huissiers à la triste figure. Elle est dans sa tenue la plus excentrique, son boléro rouge vif, son châle orangefluo et ses escarpins parme . Elle a ses couches de maquillages qui fondent sous le néon de la cuisine. Elle est assise sur une chaise dans cette immense pièce où ils ont fait l’amour tant de fois.

Elle danse dans la rue, excitée comme une puce. Elle fait comme s’il ne s’était rien passé. Plus tard, elle gravit avec un acharnement maladif la pente très raide de la colline. Elle tombe, elle glisse et se relève, elle tombe à nouveau et son rire nerveux résonne alorsqu ’elle s’accroche aux branches de l’arbre pour se remettre debout. Elle piaffe d’entendre les aboiements du chien. Elle se voit déjà en train de jouer avec lui comme quand ils étaient tous les trois dans ces montagnes isolées. Elle voudrait tout faire comme avant. Elle voudrait déguster ce chocolat chaud cuit sur le poêle à bois. Elle a déjà la langue brûlée, comme s’il l’avait embrassé…

Elle s’assoie et l’attend. Elle l’attend dans tous les lieux qu’ils ont fréquentés. Elle transporte cette chaise partout comme si… Elle a repris maladivement leurs habitudes, le café du matin là, le déjeuner du jeudi ici, la sortie au cinéma en matinée le dimanche suivie d’un apéritif à La Coupole, comme si… Elle l’attend aussi avec ses habits, qui ternissent de plus en plus. Elle a ce souci du maquillage qui tend au masque comme un sortilège pour le rappeler.

Elle l’attend assise sur un boulevard, sur la place de la mairie, à la gare, devant toutes les écoles, dans le parc, dans tous les lieux improbables et… dans leur jardin. Souvent, Elle danse avec la chaise comme si c’était le bal du 14 juillet. Ce matin, il n’y a plus que sa chaise qui attend là, comme si…

d’après la première photo de la série balades du portfolio de chambrenoire

neige vide

ma vie s’écrit de croix et de pas à pas, je cherche un peu beaucoup, folie,… mes traces sur la neige fraîche, tous mes rêves qui laissent à peine un souffle blanc sur le macadam, je cherche mes larmes, mes larmes enfin un peu cristallisées sur la folie blanche, l’absence, l’absence fondra comme la tristesse au printemps, je cherche mes larmes, leurs empreintes en moi ne s’effaceront pas tant que mes yeux pas à pas fuiront ce vide, déplaceront ce vide, porteront ce vide, je cherche un peu, beaucoup, folie… fuir une absence trop légère pour marquer la neige.

d’après Footprints and lines du photoblog Troisième oeil

immuables

Immobiles, ces récifs témoignent de la falaise, l’effondrement de l’immuable muraille de pierres et de plumes, la falaise a quitté sa verticalité pour s’allonger dans un fracas d’écumes, les plumes ont suspendues un temps la descente aux enfers, depuis la mer ne cesse de consoler ces carcasses brutes par ses flux et reflux sensuels, l’eau caresse et arrondit peu à peu les arrêtes douloureuses, les jours de grand vent des plumes viennent se déposer sur ses rochers, immortels témoins d’une folie, et l’on entend souffler les mots du paradis.

d’après la photo Immuables du photoblog chambrenoire

tempête

Ne le dis à personne, j’ai mon coin de paradis, je rêve devant ce petit étang, ne le dis à personne, je pars respirer l’ailleurs, je refais ma vie devant ce petit étang, ne le dis à personne, j’ai une tempête dans ma vie, une partie de mon coin de paradis s’est écroulé, ne le dis à personne, elle n’est plus, mes rêves ne savent pas où elle est partie, ne le dis à personne, je reste trop longtemps dans mon paradis, de plus en plus longtemps, je pleure ou je souris à elle, ne le dis à personne, elle n’est pas morte dans mon coin de paradis, je l’ai embrassé pour la première fois devant l’étang, ne le dis à personne, toute ma vie est dans ce paradis, même quand il n’existera plus, mes rêves le plus fous commenceront devant cet étang, même quand il n’existera plus, mes amours commenceront devant cet étang, même quand il n’existera plus, mon âme habitera le temps de cet étang.

D’après la photo d’une série intitulée balades du photoblog chambrenoire

Les yeux acides

L’acide a brûlé ce paysage
Dans chaque trait, il reste à peine
le reflet d’une ombre disparue
L’image a meurtri le métal
Dans chaque brûlure, il reste à peine
le reflet d’un souvenir

Le lointain s’efface
la brume gomme la vie
Elle oublie les hommes
L’usine se moque des champs
chaque fumée aspire les fragiles brins d’herbe
le paysage se dilue

mes yeux ont brûlé sous l’action de la pollution
mais il reste chaque fibre de mes mains
pour tracer dans la matière
les images qui disparaissent peu à peu
et les bruits s’amenuisent autour sans que je sache
si je n’entends plus ou si je suis seul.

d’après Le Monde expire… du photoblog chambrenoire

noirceur

étouffer par les lignes de force, je marche à l’aveugle dans ce couloir, tétaniser par les ombres, je tremble pourtant sous les regards, aveuglé par le noir, j’ai peur du chemin, asphyxier par le grain de l’atmosphère, je respire mes cauchemars, affolé par le silence, je voudrais ne pas courir, épuisé par ma course éperdue, il ne me reste plus qu’à photographier sans fin ce rêve de noirceur qui va peut-être m’engloutir.

d’après la photo Darkness du photoblog chambrenoire

vague à l’âme

ma peau est une écorce translucide
fragile comme un nuage
qui refuse toute lumière
son coeur noir soupire
il y a toujours de l’espoir
sa solitude blanche est une vague
qui n’attend plus rien
le gris s’effilochera
déchiré par les branches humaines
respirer encore
à plein tonnerre
l’épaisseur du monde.

d’après la photo Waves of cloud du photoblog chambre noire

Ma prison sépia

Je pense aux couleurs
je cherche des mots
Je marche dans l’oubli
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense parfois être enfermé
Je cherche le son de ma voix
Je marche dans une image sépia
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense parfois aux fous
Je cherche le goût de mes repas
Je marche sur un pont sans paysage
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je pense aux barreaux de la fenêtre
Je cherches les plaies sur mon corps
Je marche sur une ombre
Je ne sais plus rien
Je marche invisible pour mes yeux

Je marche dans ma prison
il faut des mots
pour regarder son voisin
mourir de ne pas mourir

D’après la photo Prison du photoblog chambre noire
(dernier texte d’une série inspirée de ce photoblog)

Traverser le miroir

Depuis trop longtemps le miroir m’intimide, je reste de l’autre côté du guet, depuis trop longtemps je ne vois plus les couleurs, je me suis évanoui dans la blancheur lisse, depuis trop longtemps j’aime la transparence, j’avance sans points de reflets sur la glace, depuis trop longtemps je suis confortablement invisible, je regarde avec stupeur surgir les aspérités, depuis trop longtemps ces rochers alourdissent mon âme, depuis trop longtemps l’espace est vide, j’entends craqueler la banquise de mon univers, depuis trop longtemps le feu des doutes voudrait que je traverse, depuis trop longtemps je ne veux plus tourner en rond, je marche en découvrant l’écho de mes mots…

d’après la photo ….. du photoblog Chambre noire

deuxième texte d’une série inspiré de ce photoblog

Ombres d’enfance

Les feuilles chantent mes peurs
l’enfance qui panique devant les ombres
elles ne s’envolent pas
reflets coupant qui cachent des monstres
toutes ces menaces repoussées par des cris
le couchée de soleil, c’est l’horizon des incertitudes
soudain n’être plus nulle part ailleurs
qu’avec sa solitude de tout petit enfant
et le silence des silhouettes métalliques

d’après la Photo Shadows du photoblog Chambre noire

premier texte d’une série inspiré de ce photoblog