Prison de l’oeil

Mon regard ignore les détails
Les grillages de mes pensées emprisonnent ma vue
Je n’etends plus les images chanter
Mon regard ignore la douceur
Les couleurs de mes humeurs se mélangent
Je ne perçois plus la caresse du pinceau
Qui me dessine?
Mon regard ignore l’inconnue
Le mur de mes paupières refusent de la dévoiller
Je risque la folie à fixer le point aveugle
à m’abimer dans cet espace incertain
où l’oeil est sa propre cage noire
Les images m’absorbent et me rejetent hors de moi
Je ne peut être un autre
condamné à observer de l’autre côté
le rouge construit brique après brique
l’impalpable barrière
entre moi et la vie

d’après la photo Protected Wall du photoblog Photographic Odyssey

les trois éléments

Avant il y avait la mer, la vie
Maintenant il y a la rouille, la décomposition
Avant il y avait l’agitation, la joie
Maintenant il y a l’immensité, le vide
Avant il y avait les jeux, les conversations
Maintenant il y a les galets éparpillés, les rafales démentes
Avant il y avait les fremissements de l’eau, les éclaboussures ivres
Maintenant il y a les ondulations froides et menacantes du sable, les nuées ardentes du désert

Avant il y avait le ciel bleu, ta lumière
Maintenant il y a le gris infini, ton absence
Avant il y avait ton baiser débordant, ton rire tendresse
Maintenant il y a ta disparition, ton souvenir.

d’après Three Elements #1 et #2 du photoblog chromasia

lumière fossile

la lumière s'arrache péniblement
infimes reflets du métal
lutte pétrifiante contre l'absence

le soleil n'est qu'un fossile
pierre, bois et terre
image écho
dont l'ombre même est figée
dont la fleur même est solidifiée

leurre d'une existence
clin d'oeil fantomatique
vers l'hypothèse
d'un regard perçant
qui un jour

brillera dans cet inconnu

d'après Look Deep du photoblog Life inchoate

construire la couleur

Au hasard des couleurs
le mélange ne se fait pas
Il y a trop de fatigue
dans cette décrépitude
Il y a trop d’hésitation
dans cette moisissure
Il y a trop d’abandon
dans cette traînée humide

Il n’y a peut-être plus de désir,
de rencontres,
dans ces craquelures

La rencontre n’est pas qu’une
déconstruction

d’après la photo Constructivist du photoblog de John Washington

Enthousiasme coloré

Dans une trainée de couleur
la fille se marie avec la joie
limpide suspension de pollen

L'oiseau siffle
dans un frou-frou écru
douce courbe du jeu

Elle regarde au loin
le vert insouciant
jubilation des promesses

Elle aspire à s'incruster
telle la gouache sur le tableau
dans le pinceau de l'espoir

Ce demain qui se lève
juste devant sa course
l'oeil parsemé d'étoiles filantes.

d'après la photo Smiling Girl du Photoblog Jasonspix

craquelure de mes images

Craquelure de mes yeux
est-ce que ces formes soudainement
surgies?
est-ce autre chose qu’une simple lézarde?
est-ce que la couleur va revenir?
est-ce que la précision,

l’absence d’image n’est pas certaine?
mais la félure est là
distordant d’abord qu’un peu ce que je vois
mais je lutte contre

la brisure définitive
le simple miroir noir
le vide de mes rêves.

d’après la photo Rust II du photofolio de Blog photo de Jeremy Charles

l’écume des jours

dentelles d'écumes
les jours gisant
s'effacent les paroles
dessèchement des nouvelles

les rumeurs tissent dans nos cerveaux
de vieilles angoisses
peur des questions
instables bouillonnements
déstabilisent

la main des pensées glisse
tous ces déchets d'histoires
abandonnés à la macération

d'impossibles oublis
vagues intangibles de disparitions
rien ne se clôt
avant que la vague verte
ne se retire devant nos yeux

d'après la photo Oldnews du photoblog thinsite

Rêve d’arbre

Dépouillé de tout, l'arbre attend
Tristes pas sur la neige
Qui ne veulent pas
Approcher et toucher
Lui qui monte au ciel
Il rit d'infini
Heureux d'avoir les pieds sur terre
Les branches en étoiles
prêtes à applaudir
L'éclat d'une voix
qui saura
lui parler.

d'après la photo A la croisée des chemins d'Edna Branner, issue d'une série intitulée Traces de vie hivernales sur le site Ruedesboulets

Déguster l’oubli

Dans la pénombre brillante
se calfeutrer
dans les coussins exotiques
pour déguster
sous les voûtes antiques
à l’abri de la fureur, de la neige
et de la foudre des rires

juste regarder s’écouler
dans la gorge, le thé
la menthe noire de notre oubli,

disparaître un instant
du miroir du monde.

d’après la photo Thé à la menthe du blog imag in

Partir en fumée

Ecrire les mots à ne pas oublier
Alors que fondu dans l'artificiel
le flash saisit
le corps ailleurs
Impossible de s'enfuir
vraiment
Le corps n'est plus qu'une
fumée blanche
translucide griserie
d'écriture
qui cherche son ombre
celle qui sourit.

d'après L'enfer de la drogue (San Francisco, Etats-Unis, 1989), une photo de Jim Goldberg ( photo numéro 6 du portfolio sur le site du journal Le Monde http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3246,31-728724,0.html )