Au détour d’un foulard, j’ai perdu sa trace

Linge au Rajasthan

Il y a longtemps que j’ai perdu sa trace… la femme aux yeux amandes. Notre rencontre s’est faite autour d’une robe qu’on accroche pour la faire sécher. Prétexte pour l’aborder, son visage métis brillait intensément sur le fond bleu des façades. Sa voix étrangement dissonante me fait toujours rêver comme une mélopée lancinante, inoubliable, insaisissable.

Mes compliments l’on fait rougir et s’enfuir à pas légers dans le dédale de ce quartier à l’écart du tourisme.

J’ai encore comme souvenir ce foulard orage perdu dans sa fuite. Au détour d’une ruelle, elle avait disparu… juste ce foulard au sol. J’ai beau le caresser, lui parler doucement ou le menacer, aucun génie n’apparaît pour me conduire à elle. Même cette photo reste insensible à mes œillades.

Tonnerre de cuivre

cors de chasse

La salle vibre de toutes ses notes. Le tonnerre des cuivres s’enfonce jusqu’au dernier rang. La voix de la chanteuse s’apprête à saisir le cœur du public. Le chef d’orchestre sourit sérieusement devant la perfection des enchaînements et le silence des spectateurs est éloquent. Je répète encore dans ma tête le passage qui m’incombe. J’imagine les notes qui s’entortillent autour du cor. Le rythme s’accélère. Je sens l’instrument qui frémit. J’harmonise ma respiration avec le tempo de l’orchestre. Je prends mon souffle, je pose ma bouche et je lance cette note jaune qui va surprendre tout le monde.

les mots s’évaporent

A peine posée sur une feuille morte
les mots s’évaporent
à force de se trouver à la porte
ce glissement vers la mort.

(journal des mots n°138 / 24 novembre 2012)

les mots fracassés sur la page

Retenant la violence
les mots fracassés sur la page
explosent de toutes nos passions
qui se cachent souvent derrière un doux regard.

(journal des mots n°137 / 22 novembre 2012)

les mots résistent à la brume

                                      à Stéphane Hessel

Indignez jusqu’à l’os de la phrase
Les mots résistent à la brume
le brouillard givrant des dogmes s’évapore
et le poète sème insidieusement une révolte
dans ses vers jeter à la face du monde.

(journal des mots n°147, 27 février 2012)

sous la brisure des mots

Sous la brisure des mots
le poète cherche sa voix
à l’écoute des images
qui mugissent en lui.

(journal des mots n°136 / 19 novembre 2012)