Téléchargement ou streaming, quelle offre en ligne pour les bibliothèques

Face à la réduction annoncée de la production de compacts disques musicaux, les bibliothèques ou médiathèques doivent se préparer à proposer une offre musicale en ligne.

Il est temps de cesser de considérer internet comme une concurrence aux bibliothèques. Beaucoup de collègues étrangers, pas seulement les anglo-saxons, ont investis le web comme l’une des composantes des services aux usagers. Proposer des ressources en ligne fait partie intégrante des missions d’une bibliothèque sinon c’est accepter ici plus qu’ailleurs que seul peut régner une offre commerciale ou le magma, certes riches, d’une offre illégale. Les six hypothèses évoquées ici par Dominique Lahary posent de manière lumineuses les enjeux mais je suis plus optimiste que son billet sur la place des bibliothèques . Les évolutions à venir seront probablement un remixage des scénarios qu’il évoque: orienter les usagers dans l’explosion documentaire du web, participer à la société de la connaissance en créant des articles synthétiques sur des sujets ainsi que proposer des ressources en ligne en les documentant et en leur donnant du sens au-delà du simple signalement.

Le réflexe s’installe ou est déjà bien ancré pour certains: aller sur le net pour découvrir et écouter un artiste. Nos sites ou nos portails internet ont tout intérêt à se mettre au diapason, c’est à dire inclure de l’écoute musicale soit via des playlists soit directement dans nos catalogues.

Plusieurs bibliothèques se sont lancées dans des expériences soit le téléchargement légal avec Ithèque ou Bibliomédias et/ou du streaming avec l’offre Naxos soit l’écoute sur place de musique libre ou de leur catalogue via leurs OPAC,  via des bornes ou des PDA. Nous trouvons de plus en plus de playlists thématiques sur nos sites institutionnels.

Sous réserve d’une rétribution des ayant-droits ou d’une exception législative pour les bibliothèques, les bibliothèques auraient pu mettre en oeuvre une solution presque idéale: numérisation collaborative au niveau régional voire national des collections de compacts disques pour mise à disposition en ligne via un portail commun. Malheureusement la loi dite Hapodi, adoptée le 13 mai 2009, ne permet pour l’instant qu’une numérisation à des fins de sauvegarde et limite à l’écoute sur place sur des terminaux dédiés. Cette avancée depuis la DADVSI a été obtenu grâce à l’action de l’IABD.

Dès lors les développements actuels de la musique en ligne nous offrent pour l’instant deux alternatives:

  • le streaming, c’est à dire l’écoute en direct sans téléchargement du fichier musical sur son ordinateur. Cette approche semble avoir la faveur de nombreux collègues. Avantage: moins de problèmes de droit, pas de gestion de portail pour le téléchargement; inconvénients: absence de maitrise de l’offre, selon le bon vouloir ou les contraintes du fournisseur de streaming des contenus peuvent disparaître, la bibliothèque ne possède plus la musique mais est abonnée à un flux variable, suppose que l’usager a un accès internet via un ordinateur ou via un téléphone mobile
  • le téléchargement, c’est à dire l’enregistrement provisoire contrôlé par DRM (Digital Right Management) du fichier musical sur son ordinateur avec transfert ou non vers un appareil mobile type baladeur numérique ou téléphone mobile. Cette option semble en perte de vitesse, notamment à cause de catalogue pas assez étoffé du côté des majors, du fonctionnement des DRM et de doutes quant à l’intérêt de nos usagers pour ce type de téléchargement face aux offres commerciales sans DRM, au p2p et au streaming. Avantages: une meilleure maitrise de l’offre (sélection possible dans l’offre globale pour mettre en avant certains contenus), plateforme de valorisation des contenus, offre déconnectée possible. Inconvénients: méfiance vis à vis des DRM, les DRM ne sont pas 100% compatibles avec toutes les configurations et tous les baladeurs numériques, obligation pour l’usager de télécharger sur son ordinateur un programme gérant ces DRM, les fichiers n’appartiennent pas à la bibliothèque.

Face à ces perspectives êtes-vous streaming ou téléchargement?

45 pensées sur “Téléchargement ou streaming, quelle offre en ligne pour les bibliothèques”

  1. « Face à ces perspectives êtes-vous streaming ou téléchargement? »

    C’est très mal poser le problème. En d’autres termes, la question n’est pas d’ordre technique ; la technique n’est jamais qu’un moyen, non pas la fin. Or vous confondez la fin et les moyens (i.e. vous proposez une solution avant d’avoir envisagé la nature du problème).

    Par conséquent, et comme cela a déjà été souligné, la solution à la « crise du disque » est de repenser intégralement la place de la musique en bibliothèque (en fait, il s’agit plus largement et en partant du biais de la musique de réfléchir à nouveau à la fonction sociale des bibliothèques). Là, tout est à réinventer. Ce qui veut dire ceci : le fait d’être actuellement dans l’incertitude, l’expectative, voire le désespoir (si l’on s’en remet aux discours catastrophistes) ne doit pas nous conduire à se jeter sur de fausses solutions (fausses en ce qu’elles partagent les illusions du progrès, c’est-à-dire confondent technique et politique, au détriment de celle-ci). On est condamné à attendre que la réflexion mûrisse ; ayons le courage d’attendre.

    Autre chose : vous pouvez continuer de me censurer, XG, comme vous l’avez fait à l’occasion de votre précédente intervention (au fond, je m’en fous : j’écris pour me distraire – ce qui n’exclut pas le sérieux). Le résultat est probant : aucun commentaire n’est venu l’enrichir. Bien fait pour vous.

    Aimable

    1. Les différents articles de ce blog et ceux parus dans les revues professionnelles montrent aussi que je m’attache à valoriser la place de la musique en bibliothèque, que ce soit dans le bâtiment ou sur nos sites internet. Votre discours critique manque de pertinence. Vous tournez en rond, enfermer dans un point de vue systématisant vos procès d’intention quelque soit votre interlocuteur.

      La technique est bien pour moi au service d’un moyen déjà évoqué plusieurs fois sur ce blog. Contrairement à vous, je pense qu’on apprendra à se s’en servir en bibliothèque en expérimentant.

      La bon vieil argument de la censure. Si vous n’aviez pas la possibilité de créer un blog pour vous exprimer. La vous auriez le droit d’évoquer la censure. En tant que responsable éditorial de ce blog, c’est mon droit de décider de ce qui est publié ou pas. En plus je suis responsable des commentaires publiés ici. Je vous ai demandé de reformuler votre réaction car je trouvais vos propos vulgaires. Vous me faites l’impression d’un adolescent qui provoque et cherche ses limites puis se plaint quant il y a des limites…

  2. Tu donnes exactement dans le billet ce par quoi je serais intéressé : « numérisation collaborative au niveau régional voire national des collections de compacts disques pour mise à disposition en ligne via un portail commun ».
    Quant à l’écoute, je trouve que l’option streaming est intéressante mais il faut que ce soit au moins aussi bien fait et pratique que sur des sites commerciaux comme deezer. Ce qui suppose sans doute de gros serveurs et de gros moyens pour financer la bande passante si on utilisait tous un « portail commun » qui contiendrait tous les fichiers numérisés. Qui payerait?
    Ou alors on utilise pour diffuser et streamer une technologie p2p pour répartir les charges de bande passante entre ceux qui écoutent la musique (qui participeraient aussi à l’envoyer à d’autres en tâche de fond).

  3. Une réponse sous forme de question : Nous sommes sans doute quasiment tous d’accord pour penser que le téléchargement avec DRM n’a pas d’avenir. Pour l’avoir expérimenté avec la VoD, je ne suis plus prête à me lancer dans un projet sur cette base technique pour la musique. Même s’il n’existe à l’heure actuelle d’offre de ce type à destination des bibliothèques, ne faut-il pas travailler ensemble et avec les fournisseurs à l’élaboration d’une offre à base de streaming permettant non pas une pérennité de l’accès au contenu, ne rêvons pas, mais au moins une possibilité de choix sur un catalogue (plutôt que l’abonnement à une base) et d’inclusion des contenus sélectionnés dans nos blogs et OPAC ?

  4. @XG

    « C’est mon droit de… » : n’est-ce pas là l’objection systématique de « l’adolescent qui cherche ses limites » ? Un mot donc sur la notion de limite, bien que ce ne soit pas l’objet de votre article. Je pourrais inverser votre remarque : lorsqu’on est entre adultes, c’est la capacité de chacun à s’autolimiter qui doit régir les relations (en l’occurrence, ne pas insulter et accepter la critique). A l’inverse, le désir de provoquer et l’esprit tatillon du censeur vont de pair ; ils sont la marque de l’esprit infantile, incapable de concevoir l’autonomie. A titre de comparaison, je vous rappelle que d’autres (Lahary, entres autres) ne font pas comme vous – et ne se sentent sans doute pas moins « responsables ».
    Quant à créér mon propre blog : non merci, je ne suis pas assez narcissique.

    Sur votre message initial : la réaction de Laurent vous montre l’impasse à laquelle mène votre point de vue. La technique ne doit pas être le préalable de la réflexion. C’est à mon sens l’écueil de toutes les contributions sur la question. Un texte de Thomas Saglio publié sur le site de l’ACIM en a donné l’explication : les discothécaires ont passé des années installés peinards dans leurs certitudes, confortés qu’ils étaient dans leurs « missions sociales » par leurs gros chiffres de prêts. De réfléxion sur le sens de leur métier, il n’était pas question ; les statistiques parlaient d’elles-mêmes et tout allait de soi. Aujourd’hui qu’on a mangé notre pain blanc, on se rend compte qu’on est nus, inutiles et, par-dessus tout, stériles. Ca révolte, forcément. D’où la tentation de la technique, de la recherche de la solution miracle – sans se rendre compte que la quête du « high tech » est, dans notre monde libéral, sans fin. Lorsque votre modernité (« streaming » etc) sera (dé)passée (en fait, elle l’est déjà car, dans ce domaine, c’est la révolution permanente), qu’allez-vous faire ?

    Je vois pour ma part dans la remise en cause actuelle la vraie chance de la profession : repenser tout, radicalement ; ne pas se satisfaire d’aménagements, de replâtrages, d’illusions techniciennes. C’est l’occasion d’une vaste réflexion collective. Encore faut-il ne pas l’esquiver.

    Aimable

  5. Concernant la musique, le telechargement décline au profit du streaming. Concernant les bibliothèques, le lobbying actif de l’IABD nous a permis d’avancer sur la question mais nous avons encore les mains juridiquement trop liées ! Comme on l’a vu aux journées parisiennes de l’ACIM, on ne fera rien sans avoir trouvé un terrain d’entente avec le SNEP dont le nouveau président semble heureusement ouvert au dialogue. Je pense qu’il y a des portes qui s’entrouvrent de ce coté là.

  6. Comment est-ce que les discothécaires envisagent les questions de politique documentaire, avec l' »absence de maitrise de l’offre » qu’impliquerait le streaming ?

    Il me semble qu’on retrouve là des problématiques semblables à celles des BU face à une offre en ligne souvent pléthorique, que ce soit pour les revues ou pour pour les livres.

    Pour l’instant, à part parler de « médiation », je ne vois pas trop de réflexion émerger dans les universités. Aurais-tu des exemples concret à nous donner pour la lecture publique ?

    merci

  7. Bonjour Xavier,

    Comme tu le laisses entendre dans ton billet, la réponse à l’alternative que tu proposes dépend beaucoup du cadre légal. Or pour l’instant, que ce soit pour le téléchargement ou pour le streaming, les solutions légales sont rares (quelques offres pour le téléchargement, type Bibliomédia avec les problèmes de DRM que l’on connaît et pas grand chose à ma connaissance pour le streaming).

    J’ai entendu parler de négociations en cours pour développer l’offre de streaming en direction des bibliothèques.

    Est-ce que tu en saurais plus par hasard ?

  8. Là y a un truc que je comprends pas…
    On va dire qu’on numérise l’ensemble des fonds musicaux des médiathèques françaises à des fins de conservation ET de communication.
    Très bien.
    Ca change quoi à mon rôle ?
    J’en n’ai rien à fiche de relayer via mon portail vers un méga serveur contenant plus de musique que je n’en pourrai jamais écouter.
    Faire des sélections ? des Mp3-graphies (à ce propos faudra quand même que la qualité sonore s’améliore) ? des « Playlists » ?
    Une ou deux personnes suffiraient pour gérer ça nationalement (même pendant ses congés maladie)…
    Non, moi mon boulot c’est le contact : pour faire du service personnalisé, faut avoir la personne en face… Poser des questions, sentir ce qu’y a derrière la réponse, passer des extraits, rebondir, proposer et trouver LA réponse au terme d’un parcours chaotique ayant brassé les époques et les genres musicaux.

    Ca, je sais pas le faire en télé travail.

  9. Hourrah!!! Très bien vu, Eric1871 (en hommage à la Commune ?). Vous avez mis le doigt (je précise : l’index, pas le majeur, sinon le modérateur va encore me censurer) sur l’essentiel. Quelques lignes de bon sens, et le discours que serinent depuis des années les technomanes de la profession est rendu au néant d’où il n’aurait jamais dû sortir. Erudition et parole sont les deux assises du métier. Tout le reste (informatique, services…) n’est, au mieux, qu’un moyen ; les modernisateurs en font la fin, la raison d’être des bibliothèques. Dans leur vision des choses, rapports humains et culture ont disparu, relégués au rayon des antiquités. Triste humanité que « l’humanité » libérale.

    Aimablement vôtre.

  10. Bonjour,
    Je commence par une digression, mais ma réponse au billet de Xavier est une digression par rapport au travail que je devrais faire et que je retarde : écrire une demande d’autorisation aux sociétés de distributeurs pour faire du streaming (ou, pour le moment et faute de mieux, utiliser Deezer pour notre site en construction).
    Donc première digression : un des intérêts de ce blog, c’est que les billets y sont suffisamment espacés pour que des réactions qui ne soient pas brutes et stéréotypées (genre « bravo, Xavier, t’es le meilleur » ou « laquais du grand capital, tu seras pendu à l’aube du grand soir ») y paraissent. Donc si l’alternative posée initialement par Xavier n’est pas la plus adéquate, comme le notent Aimable et d’une certaine manière Eric1871 et MxSz, elle nous permet de réfléchir à deux fois.
    Pour en venir au sujet même par des chemins détournés, je noterai que c’est initialement un label et disquaire qui a défini à mes yeux le plus clairement le rôle d’une (euh, comment appeler ça sans prendre de parti sur l’avenir) sonothèque musicale publique (?). Il s’agit de Cristal records qui a développé son appareillage de numérisation et d’écoute sur place de disques pour les bibliothèques ; évidemment, il voulait nous le vendre et il sait qu’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, alors il nous a dit qu’on était utiles, mais il l’a dit d’une manière convaincante : d’un côté les médias traditionnels (radio, télévision essentiellement) passent un nombre de plus en plus réduit de titres musicaux ; de l’autre Internet permet d’accéder à tout (pas tout certes, mais le reproche souvent entendu qu’on fait à internet de ne pas donner accès à toute la production musicale n’est pas le bon). Mais dans ce tout, finalement, la plupart ne vont chercher que ce qu’ils ont déjà entendu (ou du moins ce dont ils ont déjà eu connaissance) par ailleurs, donc surtout ce qui passe le plus à la radio ou à la télévision. Dans ce contexte, le rôle de ceux qui proposent une offre choisie est particulièrement intéressant pour les créateurs, petits labels, etc. La plupart des disquaires ont disparu, les « grandes surfaces culturelles » ont répondu à une baisse des ventes par une diminution de l’éventail offert, il ne reste guère que les bibliothèques. Du côté du public, notre intérêt est bien sûr de ne pas proposer tout, mais une sélection qui seule permettra un choix autonome.
    Alors arrivent les questions, et la première, celle du singulier : « une » sélection. A la bibliothèque, on ne montre qu’une collection (voire une partie de la collection, on a des disques en magasin), mais si on fait bien son boulot, on attire l’attention des lecteurs sur certains disques, on les laisse regarder dans les chariots de retour (c’est le chariot 2.0, non ?) et on conseille ceux qui nous le demandent (même si honnêtement, je n’ai jamais vu personne faire avec un lecteur la totalité du travail décrit par eric1871), cela varie la sélection.
    Sur Internet, c’est un peu différent, et je critiquerais d’abord l’idée du méga portail de toutes les bibliothèques qui pose les mêmes questions que les ressources globales d’internet. Une bonne partie des lecteurs a besoin de nous ou d’autre chose pour choisir parmi les 20 000 disques qu’on propose en salle. Alors plutôt que d’augmenter le volume offert là où l’on ne fait pas de médiation, je préfèrerais une pluralité de sites de bibliothèques, en souhaitant que tous y aient accès. Un corollaire est l’affichage de la politique documentaire (ou pour s’exprimer de manière plus compréhensible par tous) des partis-pris de chacun, ce qui aiderait le lecteur à choisir, soit la bibliothèque la plus proche, soit celle qui correspond le mieux à ses souhaits. Mais internet permettrait aussi à chaque bibliothèque de décliner son offre : offre totale, sélections diverses (des grands succès, des préférés de bibliothécaires, des préférés de la critique, de ceux qui ont marqué l’histoire de la musique, …) qui peuvent être alimentées automatiquement par les indices PCDM, les diverses entrées sujets ou d’autres tags sur les notices.
    Pour le moment, compte tenu de la « situation concrète », qui comprend en l’occurrence l’état de nos ressources en personnel, en informatique, l’état du droit, entre autres, on essaie, avec moult difficultés, de mettre au point un site qui offre à nos lecteurs (et aux autres) un parcours sans écoute dans la totalité de nos collections de disques compacts, en s’appuyant sur une arborescence des genres et sous-genres de la PCDM complétés par des périodisations et autres subtilités : les lecteurs auront ainsi des listes qui leur permettront de réserver des disques ou de préparer leur visite à la bibliothèque ; mais le site leur proposera en plus l’écoute en streaming de quelques titres emblématiques de chacune des catégories, soit une forme de découverte directe sur internet, une sélection beaucoup plus limitée censée inciter à venir en découvrir plus à la bibliothèque et non exempte de visées honteusement pédagogiques. Bref, un système peut-être bancal à deux niveaux, voilà ce qu’on essaie de faire pour l’automne, en pensant qu’un peu de nouveau favorise davantage le mûrissement de la réflexion que la seule attente.
    3 remarques accessoires pour finir : 1) pas de portail commun ne veut pas dire pas de numérisation collaborative. 2) eh oui, on appelle nos usagers des lecteurs, pas des clients. 3) streaming ou téléchargement, je ne sens pas le choix, plutôt une nécessité.

  11. Que cela soit bien clair : naturellement, je ne suis pas opposé à l’utilisation de tous les moyens possibles pour faire connaître au public l’offre que nous proposons.
    D’ailleurs, je participe actuellement à l’élaboration d’un nouveau portail sur lequel il y aura du son, des images, des avis etc. (et je regrette que cela me prenne du temps sur le peu qu’il me reste à consacrer au public).
    Mais je confirme que je pratique bien de la façon que j’ai décrite plus haut. Pour donner un exemple, outre les demandes des enseignants, les questions les plus récurrentes concernent l’illustration musicale du DVD perso qu’on veut réaliser avec les souvenirs de vacances ou autre…
    Cela pour dire que le gros de notre public est fait d’une part de curieux, et/ou de vrais mélomanes qu’on peut conseiller sur ce que nous avons écouté, pour lesquels ils nous faut connaître l’ensemble de notre fonds (fut-il de 20.000 références), d’autre part de demandes spécifiques pour lesquelles, à mon sens, faire preuve d’originalité (voire de personnalité) sans toutefois perdre de vue le désir de l’abonné, permet de faire valoir notre travail et éventuellement de lui donner une « signature ».
    En tous cas, une communication maximale sur notre politique documentaire est indispensable

  12. @Calimaq: oui, un groupe de bibliothécaires musicaux et plus travaille autour de Carel avec des sites de streaming pour proposer une offre en bibliothèques. On en dis plus dès que possible.

    @eric1871 et Colvert: Je partage votre attachement à la médiation humaine dans les locaux de la bibliothèque. Il manque une précaution oratoire dans mon billet à ce sujet. Contrairement à ce que peut clamer Aimable, la technologie est pour moi un outil au service des missions des bibliothèques. C’est une chose que je répète d’ailleurs toujours dans les conférences que j’anime.

    Mon idée n’est pas qu’une bibliothèque donne forcément accès à tous les documents numérisés de manière collaborative mais puisse garder la main sur son offre documentaire musicale ou autre…

    Je vous invite à regarder les navigations musicales via PCDM4 type annuaire que nous proposons sur Calice68 (http://www.calice68.fr/)

    @Aimable (Bruno D.?): j’en viens parfois à me demander si vous êtes capable de changer d’avis ou si votre prisme idéologique vous enferme complètement vous empêchant de considérer d’autres points de vue comme recevable.

  13. @XG

    Je discuterais bien avec vous de cette notion d’idéologie que vous me réservez, mais ce serait encore une digression. L’exercice supposerait en outre qu’on parte de la réflexion des auteurs qui ont abordé la question (au hasard : Marx, Gabel, Castoriadis), non pas de l’acception journalistique du terme (idéologie = discours partisan), flasque et sans valeur euristique. Si l’on ne reprend pas à son compte cette exigence, on se condamne à l’anathème – une pratique que je vous abandonne volontiers.
    Exercice pratique : plutôt que de chercher à connaître mon identité véritable, vous pourriez vous consacrer à débusquer l’idéologie dans votre discours ; c’est difficile, et pour cela on a besoin du regard critique… des autres.

    Sur le problème initial : avant de « considérer d’autres points de vue comme recevable », je m’efforce d’abord de les « considérer », c’est-à-dire d’en prendre la mesure, de réfléchir à ce qui les sous-tend, les inspire. En l’occurrence, je pense, en dépit de vos dénégations, que vous prenez les choses à l’envers (= confusion de la fin et des moyens). C’est le cas de nombreux collègues et les forums, collques et autres journées professionnelles organisés sur la question sont construits sur cette méprise.
    N’y aurait-il donc qu’Aimable pour voir clair ? J’aimerais bien ; ça me flatterait. Mais non. On est plusieurs, à défaut d’être nombreux. Voyez donc les interventions d’Eric1871, que je reçois comme un souci de comprendre les bouleversements actuels sans perdre de vue le sens, la raison d’être du métier. Voilà la démarche juste : la plus difficile, sans doute (car elle impose de ne pas céder aux mirages de la technique, qui dispensent de l’ennui de penser), mais à terme la plus féconde. Je reprends ce souci à mon compte.

    Aimable

  14. Je n’en doute pas Xavier, il me semble aussi que nous ne pouvons échapper à la mutation de la « médiation musicale » vers une forme dématérialisée.
    Cependant, j’en reste à ma vision initiale : soit le public se déplace, soit il ne se déplace pas. S’il ne se déplace pas, pour l’instant, ça ne me concerne pas.
    Celui qui se déplace, pourquoi le fait-il ?
    Pour de la musique vivante, des rencontres… Mais aussi pour de « l’expertise ». C’est (un peu) ce que je décrivais plus haut : un service personnalisé, s’appuyant sur une collection raisonnée.
    Alors certes, ce dernier point nécessite le support, et l’on sait qu’un usage intensif lui confère une durée de vie plutôt courte, parce que je me vois assez mal, compte tenu de la tendance actuelle concernant les droits d’auteur, transférer tranquillement un fichier numérique sur l’Ipod de l’abonné en toute quiétude.
    Car c’est bien de cela qu’il s’agit le plus souvent.
    J’avais le sentiment que notre travail était surtout d’ouvrir des pistes pour permettre aux mélomanes de se constituer leur propre collection.

  15. @Eric1871,

    Vous dites : » […] Non, moi mon boulot c’est le contact : pour faire du service personnalisé, faut avoir la personne en face… Poser des questions, sentir ce qu’y a derrière la réponse, passer des extraits, rebondir, proposer et trouver LA réponse au terme d’un parcours chaotique ayant brassé les époques et les genres musicaux. […] »

    La question que j’ai envie de vous poser, à la fois en tant que bibliothécaire et, tout autant, en tant qu’ancien usager d’une vidéothèque, c’est la place du lieu physique « bibliothèque ». Je veux dire, la place d’un lieu physique bibliothèque, dans les années à venir, dans un marché du disque qui va, tout simplement et radicalement, se transformer: concrètement, dans 3, 4, 5 ou 7 ans, quand le marché du CD aura disparu, remplacé par d’autres canaux, comment allez-vous faire ? Quand les gens, les mélomanes, ne seront plus là – ou, plus exactement, seront ailleurs ? Et là, concrètement, vous n’avez pas le sentiment d’en perdre, des auditeurs ?

    Moi par exemple (désolé Aimable, je suis moi aussi un peu narcissique), vous m’avez perdu, chers discothécaires. Et vous avez perdu aussi mes enfants, ma soeur… Nous sommes tous passés sur Deezer, sur Youtube, etc.

    C’est fini: je ne me déplace plus. Suis-je le seul ? Suis-je juste un épiphénomène mu par le champ magnétique libéral ? Comment réinventer du lien, de la médiation, tout cela de manière désintéressée ? Bref, comment (ré)inventer un service public en bibliothèque musicale ?

  16. « C’est fini: je ne me déplace plus. Suis-je le seul ? Suis-je juste un épiphénomène mu par le champ magnétique libéral ? Comment réinventer du lien, de la médiation, tout cela de manière désintéressée ? Bref, comment (ré)inventer un service public en bibliothèque musicale ? »

    Ah ! Oui ! Le constat est affligeant (pauvre de vous, qui en restez à votre quant-à-soi !), mais vous posez les bonnes questions, les questions politiques (au sens noble du terme). En effet, l’idéal est-il de ne plus « se déplacer », de disposer de tout at home, de devenir une monade narcissique autosuffisante ? Pas d’idée sans être deux, dit la chanson. Voilà le fondement irréductible de toute réflexion sérieuse sur les changements en cours.
    A l’inverse, voyez l’ersatz d’idéal défendu par le discours modernisateur (dernier numéro de « La gazette territoriale ») : une hyperadaptation, une hyper-« réactivité » aux « nouveaux usages » et styles de vie (jusqu’à l’intégration des jeux vidéos – on croit rêver ! NON Aimable, tu ne rêves pas : c’est le réel).
    Or, le problème aujourd’hui n’est pas tant d’intégrer les « nouveaux usages » mais de préserver et défendre mordicus les usages désormais galvaudés : la bibliothèque comme lieu de culture au sens fort ; lieu de référence (car il n’y en a pas d’autre), c’est-à-dire dépositaire des savoirs ; lieu d’échange et de diffusion (car savoirs et culture ne sont pas synonymes d’élitisme).
    Lorsque ces missions seront devenues ou redevenues celles des bibliothèques, qu’elles feront son identité, sa différence, son évidence au sein d’un toujours plus soumis à l’information volatile, à la vitesse, à la consommation compulsive de « produits » fabriqués pour la consommation compulsive – alors on pourra songer à introduire des machines à café et des matériels high tech, parce qu’ils seront justifiés par un projet, non pas par l’injonction d’être modernes et « de son temps ».

    Aimable a dit

  17. Merci, Aimable, de vous soucier de mon quant-à-soi.

    Mais peut-être – peut-être…- que j’écoute plus de musique depuis que j’ai déserté les rayons CD de la bibliothèque près de chez moi.

    Peut-être ai-je d’autres instruments de médiation car, hélas (ou heureusement )pour nous, il y a d’autres lieux de références.

    Peut-être que, moi aussi, je crois à la bibliothèque comme lieu de culture (…légitime ? bien sûr. « Au sens fort » ? désolé: je ne vois pas).

    Peut-être que je crois aussi que les jeux vidéos ont leur place, toute leur place, en bibliothèque, pour peu que celle-ci se soit dotée d’un document définissant sa politique documentaire (vous avez vu: c’est un peu mon dada, cette histoire de politique documentaire)

    Peut-être, en effet, les questions politiques ne sont pas suffisamment abordées de front.

    Peut-être, une fois que l’on a défini le programme (« la bibliothèque comme lieu de culture au sens fort ; lieu de référence (car il n’y en a pas d’autre), c’est-à-dire dépositaire des savoirs ; lieu d’échange et de diffusion (car savoirs et culture ne sont pas synonymes d’élitisme) »), peut-on commencer à discuter technique, mise en pratique.

  18. @mxsz (il est impossible, votre pseudonyme. Vous ne pouvez pas vous appeler Aimable, comme tout le monde ?)

    Vous me faites penser à une interlocutrice qui, un jour, m’opposait ceci : « Vous critiquez, mais que proposez-vous ? » Moi : « Rien. Vous me pardonnerez, critiquer c’est ma vocation. » C’est toujours le même problème : la critique, on ne veut surtout pas l’entendre ; aussi se dépêche-t-on de la noyer sous des tonnes de « propositions constructives », de « mises en pratique ».
    « Une fois qu’on a défini le programme », dites-vous : mais où est-il, le programme ? « Vivre avec son temps » ainsi que le serinent les niais (je tais leurs noms, sinon ça ne passera pas) ? C’est ça le programme ?

    Et puis : arrêtez avec votre « culture légitime ». De nos jours, en bib., cette culture d' »héritiers » (comme le dit un auteur que très peu d’entre nous ont lu, tout en le laissant croire, parce que ça en jette) est en passe d’être ostracisée. La « culture légitime » aujourd’hui, c’est le manga, Marc Lévy, Anna Gavalda, Norah Jones…
    J’arrête là. Je vous laisse à votre partie de Pacman.

    Aimable

  19. @MxSz
    Vous dites être sur les avatars actuels de la radio et la TV de notre enfance, ceux-ci n’ont pas empécher l’émergence et le succès des bibliothèques musicales, je ne crois donc pas que Deezer et Youtube, étant donné leur piètre qualité sonore, soient un palliatif pour les mélomanes.
    J’ai dû le dire déjà, après la disparition des « consommateurs de musique » (de Muzak devrais-je dire), la fréquentation s’est stabilisée, les prêts augmentent même légèrement grâce une meilleure adaptation aux « besoins ».
    Alors quand de nombreuses références ne seront plus disponibles ailleurs que dans nos collections, je serai peut être encore là. Parce que qui, lorsque vous êtes derrière votre écran, vous glisse un Louis Armstrong à redécouvrir, dans quel lieu avez vous l’occasion d’entendre un quatuor de Schoenberg ?

    Mais mon travail ne se borne pas à la valorisation de mes collections (et donc de ma politique documentaire) j’essaie également d’animer un lieu de vie et de rencontres.
    On y entend de la musique vivante, on y voit des instruments, on y pratique (et on y pratiquera) aussi la musique, à tous âges.
    Cela n’est même pas d’aujourd’hui mais s’est développé au fil du temps (d’ailleurs on a des jeux vidéos depuis l’ouverture en 2000 même si je ne vois pas vraiment l’intérêt).

    En fait, j’ai envie de te demander : quelle trace tu gardes toi, de cette culture que tu consommes ?

  20. Suggestions pour vous mxsz :

    Ne pourriez-vous pas installer des flippers à côté des jeux vidéos, « pour peu que votre bib se soit dotée d’un document définissant sa politique documentaire », ça va de soi ? : il y a là un vrai besoin, non couvert, pour les gens de ma génération (j’emploie le terme pour complaire à Dominique Lahary) très peu portés sur les jeux vidéos.
    Pensez-y, ne vous précipitez pas sur l’idée, qui n’est qu’une suggestion, je le rappelle. Sachez toutefois que j’en ai plein d’autres, des suggestions, intégralement intégrables à votre politique documentaire – restons professionnels.

    Mises à part ces questions essentielles pour l’avenir de nos modernes bibliothèques, le message d’Eric ne pouvait pas mieux tomber : ce matin, je passais du Penderecki, « Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima », entre autres – pas franchement funky. Stupeur et grande discussion avec les gens présents (pas du tout infatués de références légitimes, contrairement à moi n’est-ce pas). On a échangé à battons rompus. Au bout du compte, une personne est repartie avec « La révolution russe » de Rosa Luxembourg, une autre avec une anthologie de textes de Bakounine (je ne sais plus comment on en est arrivé là mais une chose est sûre : c’est pas sur deezer qu’on te fourguera du Bakounine). C’est ça, mec, la bibliothèque : un lieu où l’on fait autre chose que de zigouiller des types sur un écran, où l’on s’échange des idées – et pas toujours dans le même sens : les lecteurs m’ont fait aussi découvrir des oeuvres. Vous voyez, mxsz et xg, pour faire tourner une bib, pas besoin de machines high tech ; juste d’un personnel un peu concerné, avenant (je m’appelle Aimable) et convaincu que les gens aspirent à autre chose qu’à se replier sur la sphère privée.

    A.

    1. @aimable: Quel génie vous faites! Comment n’y ai-je pas pensé avant? Merci beaucoup, je me précipite pour faire du coaching dans mes équipes à ce sujet.

  21. Moi je propose que l’on lance partout des bibliothèques communautaires telles que celles de Tarnac.

    Point de carte d’usager. Chacun y amènerait ses documents et ses idées.

  22. @aimable : « zigouiller des types sur un écran »; on voit que vous maîtrisez le sujet à fond. Seul qqn qui a une vision très approfondie des jeux vidéos est capable d’une synthèse aussi fulgurante.

  23. @insula dulcamara

    « Seul qqn qui a une vision très approfondie des jeux vidéos est capable d’une synthèse aussi fulgurante. » J’ai hâte de lire la vôtre. Je dis cela sans ironie. Seriez-vous disposé à exposer synthétiquement la raison d’être des jeux vidéos en bib ? Je précise : à argumenter, non pas à seriner, comme on l’entend d’ordinaire, que tout ce que produit l’industrie des « biens culturels » (si l’expression convient encore pour désigner des jouets d’enfants) a sa place en bib.

    Aimable

  24. @eric1871,

    « Alors quand de nombreuses références ne seront plus disponibles ailleurs que dans nos collections, je serai peut être encore là. Parce que qui, lorsque vous êtes derrière votre écran, vous glisse un Louis Armstrong à redécouvrir, dans quel lieu avez vous l’occasion d’entendre un quatuor de Schoenberg ? »

    Je suis d’accord avec vous.

    C’est que sur ce point, j’ai un petit traumatisme d’adolescent (qui empruntait beaucoup de CD à la BM) : une fois, passait un CD d’un auteur dont j’ai oublié le nom. Cela m’a plus, j’ai demandé s’il était possible de l’emprunter : non, car on empruntait pas les CD en écoute. Le réserver, peut-être ?… Non plus: pas de réservation des CD (ça a changé depuis peu, ouf. Il aura fallu quand même 15 ans).
    Donc, oui: je reste un traumatisé de la médiation en BM.

    Je n’ai sans doute pas eu la chance de tomber sur vous ou sur Aimable.

    D’ailleurs Aimable, vous faites fausse route avec cette histoire de jeux vidéo. Remplacez « jeux vidéo » par d’autres biens culturels, et ça donne ça :

    1965: « Seriez-vous disposé à exposer synthétiquement la raison d’être des BD en bib ? Je précise : à argumenter, non pas à seriner, comme on l’entend d’ordinaire, que tout ce que produit l’industrie des « biens culturels» (si l’expression convient encore pour désigner des jouets d’enfants) a sa place en bib. »

    1960 : « Seriez-vous disposé à exposer synthétiquement la raison d’être du rock en bib ? Je précise : à argumenter, non pas à seriner, comme on l’entend d’ordinaire, que tout ce que produit l’industrie des « biens culturels» (si l’expression convient encore pour désigner des jouets d’enfants) a sa place en bib. »

    1925: « Seriez-vous disposé à exposer synthétiquement la raison d’être d’Erik Satie en bib ? Je précise : à argumenter, non pas à seriner, comme on l’entend d’ordinaire, que tout ce que produit l’industrie des « biens culturels» (si l’expression convient encore pour désigner des jouets d’enfants) a sa place en bib. »

    Vous faites fausse route, parce que ce ne sont pas les jeux vidéo en tant que tels qui ont (ou non) leur place en bibilothèque. C’est bien la dimension consumériste d’une partie de ces biens culturels.
    Comment une bibliothèque se positionne-t-elle vis-à-vis des produits à la lisière entre coup marketing, produit de grande consommation et biens de culture ? Sur Deezer, il y a beaucoup de cela. Et il y a aussi une partie de l’intégral de Richter, qui est épuisé par ailleurs… Vous faites un travail de médiation sur les marges de la culture, les oubliés de la grande consommation, les hors-la-loi : très bien, continuez. Mais ne croyez pas, parce que certains, comme XG, travaillent sur les nouveaux supports, sur des nouveaux outils de médiation, qu’ils ont renoncé à leur mission de service public et, en particulier, aux formes les intéressantes de la culture.

  25. @Aimable : comme vient de le suggérer Maxime l’imprononçable, je suis moi-même impatient de lire la différence essentielle que vous faites, par exemple, entre un manga et un jeu vidéo, entre le dernier album de Lady Gaga et un jeu vidéo, etc., qui justifie que l’un a sa place en bibliothèque et l’autre pas.

  26. @insula : on ne répond pas à une question en bottant en touche. J’attends toujours votre mise au point qui, apparemment, ne viendra pas.

    @mxsz

    Le petit jeu auquel vous vous livrez a une grande force ; mais c’est celle des fausses évidences. En d’autres termes, vous ne démontrez rien et, en usant d’une forme de comique de répétition, vous ne pouvez emporter l’adhésion que des esprits pressés ou frivoles. Je vais tenter de le montrer rapidement.

    En stigmatisant une attitude stéréotypée, celle du bibliothécaire obscurantiste, vous construisez, sans le savoir, une histoire mythique (et linéaire) des bibliothèques. Celle-ci n’aurait finalement été qu’un triomphe progressif des lumières sur l’esprit borné de la profession. Grâce à la hardiesse et à la clairvoyance de gens émancipés des « tabous » professionnels, les bibliothèques seraient ainsi parvenues à une conception juste et pertinente de la culture. Il subsiste encore des esprits mesquins (tel Aimable), accrochés à une vision archaïque, élitiste de la culture et des missions des bibliothèques, raison pour laquelle ils s’opposent (d’ailleurs vainement) au procès de modernisation continue.
    Cette vision des choses, encore une fois linéaire (et très complaisante), fait l’impasse sur une donnée fondamentale : la médiathèque de l’an 2000 n’est pas la bibliothèque de 1920 ; elle s’inscrit dans un contexte radicalement autre (pour aller vite : consumérisme, culte et règne de l’individu-roi, « droit » au plaisir ; à cela ajoutons : règne de l’éphémère et apologie du présent perpétuel). La bibliothèque moderne a fait sienne ces exigences et les valeurs (libérales) qui les portent (je rappelle le mot remarquable de Poissenot, qui synthétise cet état d’esprit de consentement à ce qui est là, simplement parce que c’est là : « La bibliothèque prend acte de la réalité et s’yè plie. »). On s’explique mieux le corollaire de ce conformisme : contrairement à ce qui prévalait antérieurement, la bibliothèque ne se présente plus comme le dépositaire du savoir émancipateur, mais l’un des maillons du dispositif politique d’intégration sociale (« La bibliothèque a pour mission de contribuer à la cohésion de la société » ; de mémoire, l’expression figure dans nombre de documents officiels). Cette « mission » a accompagné la prise conscience que la crise économique devenait structurelle (il faudrait s’interroger sur cette coïncidence : la naissance des médiathèques intervient au moment où la crise devient une évidence et un sujet d’inquiétude pour tout le monde). C’est cette évolution qualitative, cette entrée des bibliothèques dans une autre ère que vous manquez lorsque vous supposez que le même schéma lumière/obscurantisme se perpétue et mine la critique de ceux qui, comme moi, questionnent l’indexation enthousiaste des bibliothèques et de leurs personnels sur les valeurs et les pratiques du marché. C’est cette évolution que mes questions et mes critiques s’efforcent de prendre en compte. Je pourrais reformuler tout cela ainsi : nous sommes voués à diffuser le savoir ; donc, pour quoi travaillons-nous ? Pour la reproduction de l’ordre tel qu’il est ou pour permettre aux gens, s’ils le souhaitent, de comprendre le monde dans lequel ils vivent ?
    Cette interrogation sur le sens a un mérite : elle oblige interroger la pertinence d’autres notions, qui forment aujourd’hui la doxa insue des gens du métier : « culture légime », élite/peuple figurent au premier plan de ces notions qu’on prend comme argent comptant – tout en se targuant « d’esprit critique ».

    Bon, j’arrête là, car ce qui ne devait être qu’une réponse brève devient un pensum. Tout cela mériterait d’ailleurs d’être repris avec rigueur.

    Je termine quand même en soulignant, sans m’étendre, une méprise (une seule car il y en a plusieurs) : non je ne travaille pas « sur les marges de la culture ». Si c’était le cas, Aimable ferait bien mal son boulot.

    A.

  27. @aimable : C’est pourtant la méthode qu’employait pour ses raisonnements certain philosophe antique, tout ce qu’il y a de « légitime »…
    Bref, ce n’est pas en argumentant sur cette question, somme toute subsidiaire, des jeux vidéos (en vous rappelant les missions définies par l’Unesco, en vous parlant de « documents-clés » destinés à conduire aux « documents-portes », en vous parlant de la désaffection des publics en bibliothèque lors de l’adolescence, etc.) que j’ai la moindre chance de vous convaincre ou plus modestement de faire avancer le débat, qui se situe ailleurs. La question féconde étant, comme l’a dit MxSz, le positionnement des bibliothèques dans une économie de la culture où le numérique a changé la donne, en terme d’offre, de recommandation, etc. Le lien vers l’émancipation, dont vous vous réclamez à juste titre, passe aujourd’hui par ces questions. Ce n’est pas faire mimétiquement allégeance à « l’ordre tel qu’il est », pour reprendre votre confortable raccourci, mais remettre en question un accès à la culture que la nouvelle offre numérique a bouleversé, qu’on le veuille ou non.

  28. @insula

    Travestir l’ellipse en maïeutique ! Vous êtes un émule de Fernand Reynaud (Réécoutez « C’est étudié pour ») ! C’est pas possible autrement. La suite de votre message le prouve : lorsque je demandais si vous pouviez justifier la présence de jeux vidéos en bib, j’attendais une argumentation ; pas un rappel à l’ordre des principes (ceux que les candidats aux concours ingurgitent ou que les élus ânonnent lors des inaugurations) ou une invocation (mention convenue de la « révolution du numérique »). Votre dernière phrase n’est pas fausse, mais je pense qu’il s’agit, comme c’est souvent le cas, d’une simple clause de style ; pire : elle travestit le réel ; c’est là sa fonction. Vous en faites vous-même involontairement l’aveu : la seule raison d’être des ces nouveaux jouets high tech en bib, c’est « la désaffection du public adolescent » (traduction personnelle : racolage). Pas de pensée, juste la peur du vide qui conduit à théoriser la retape.
    Aussi, je ne résiste pas à cette comparaison scabreuse : « la nouvelle offre numérique » a également bouleversé la pornographie ; elle l’a démocratisée diraient les journalistes imbéciles (pléonasme). Si je vous suis, c’est donc une bonne raison pour introduire (si j’ose dire) le genre en bib. D’autant plus que la « demande sociale » (encore une expression fétiche du métier) ne fait pas défaut : voilà une occasion rêvée de bourrer (excusez-moi, encore une fois) des équipements.

    Non, vraiment, j’attendais autre chose, à la fois plus modeste et tangible ; du genre d’une justification mentionnée dans les politiques d’acquisition, par exemple (document où l’on est en mesure d’apprécier la nature d’un choix, si c’est du sérieux ou de l’esbrouffe) : pourquoi tel support / tel contenu ? Pour quel(s) besoin(s) ? etc. Désolé, donc : votre réponse n’est pas convaincante.

    Aimable

  29. Haaaaaa, la crainte du racolage… Comme la « démocratisation de la culture » est plus facile dans l’entre-soi…

  30. Insula : à chaque fois, vous tentez de vous en tirer par une pirouette ou un sous-entendu. Je pense que vous ne voulez (ne pouvez ?) pas débattre.
    Exemples : ma critique du racolage n’est pas motivée par une « crainte » (elle serait d’ailleurs sans objet puisque beaucoup de bibs jouent depuis longtemps et sans honte le jeu, sous divers habillages : « marketing », etc.). C’est le réel ; on peut le refuser (c’est mon choix) mais non pas le dénier.
    Rester « entre soi », non plus : mes remarques ouvrent à l’inverse une perspective d’une tout autre exigence, bien plus ambitieuse que les pétitions de principe convenues en faveur de la « démocratisation de la culture » et peut-être utopique (en tout cas aux yeux de ceux qui partagent les valeurs libérales) : celle d’un modèle de bib fortement enté sur la diffusion de la culture et des savoirs (non pas sur l’entertainment comme on le prêche aujourd’hui) en direction des gens qui en ont besoin (besoin né de la situation de délaissement qui est la leur – pour le plus grand profit des cliques au pouvoir). Encore une fois : il ne s’agit pas ici de décliner un « grand » programme ; seulement de mettre en évidence les valeurs qui commandent une intervention, lui donnent sens et s’expriment, très concrètement, dans le cadre d’un projet d’établissement, une politique documentaire, etc.

    On n’avancera pas tant qu’on ne cherchera pas à échapper aux fausses alternatives (culture populaire/culture des élites, etc.) ; tant qu’on remplacera l’échange intellectuel, la dispute sur le sens et les valeurs, par l’anathème et la galéjade.
    Mais pour se battre, il faut être deux – et vous, vous vous défaussez.

    Aimable

  31.  » Au bout du compte, une personne est repartie avec « La révolution russe» de Rosa Luxembourg, une autre avec une anthologie de textes de Bakounine (je ne sais plus comment on en est arrivé là  »

    A mon avis c’est là une scène archétypale, primordiale. Elle définit une valeur.

  32. @Un fan

    « A mon avis c’est là une scène archétypale, primordiale. Elle définit une valeur. » = Vous faites bien de faire précéder votre jugement d’une précaution de langage (« à mon avis »), car l’anecdote est bien vraie (et n’est d’ailleurs pas exceptionnelle là où je bosse (*)). Une seule précision (importante) : les textes en question ne figurent pas dans les collections de la bib (où l’où estime qu’il est déplacé d’accueillir autre chose que la pensée lénifiante), mais dans la mienne. Voilà un exemple de hasard qui fait bien des choses et des surprises de l’échange homme/homme, que les modernes voudraient remplacer par l’échange homme/machine. Et puis, les livres, c’est fait pour circuler, non ? On a là une extension de la conception du « réseau ».

    Aimable, toujours sur la brèche.

    (*) Je pourrais vous en conter d’autres tout aussi improbables, dont celle-ci, qui date de la semaine dernière : la rencontre d’un petit-fils d’Ascaso, le compagnon d’armes de Durruti. Non, foi d’Aimable, la bibliothèque ne deviendra pas le paradis du « geek ».

  33. @aimable

    Réaction tardive, mais réaction quand même. Je reviens sur le concept de culture légitime, ou de culture d’ « héritiers » qui effectivement sont assez bien superposables. C’est précisément pour cela que ce qu’il y a de légitime ce n’est pas Marc Lévy (et ce malgré les sorties –démago pour le coup- présidentielles), ni Gavalda, etc.
    S’il faut bien convenir que c’est presque un tropisme au sein de la profession que de garnir ses rayons (comme au supermarché) avec « ce qui marche » (sans dire pour autant qu’elle ne remplit ses rayons que de ça (« ça » qui peut justement s’entendre comme ce qui fut longtemps refoulé…), ce n’est pas sans une petite pointe de culpabilité, chassée aussitôt par l’utilisation captieuse de différentes catégories sociologiques (élite/peuple, culture populaire/culture légitime…) On en entend même dire que « c’est ce que veut le public », « c’est ce qui est demandé » et variantes… On ne peut faire autrement que sentir dans tous ces propos l’essentialisme de ceux qui les ont.
    Reste une culture légitime (qui ne change guère, monopolisée (voir confisquée) par ceux qui occupent les positions dominantes). Reste aussi une « culture » de masse (i.e. parfaitement hétéronome et inféodée à des impératifs de marché).
    Quant au populaire, il ne saurait justement pas se laisser définir en quelques mots. Le peuple manque disait Klee, c’est peut-être, le populaire, ce qui a voir avec ce peuple qui manque (voir à ce sujet les beaux articles de Bertrand Ogilvie dans la revue Vacarme.)

    1. La discussion s’éloigne beaucoup du sujet initial et risque de tourner en rond sur ce thème culture légitime/culture populaire, etc… débat sans fin. Je ne ferais plus passer de message dans cette veine.

  34. Bonjour,

    Pourquoi opposer tout le temps Téléchargement et Streaming ? Et répeter que le streaming est un moyen d’écouter de la musique ou voir des videos sans se les approprier ?
    C’est faux. Tout ce qui est en streaming sur le web est téléchargeable. Il y a plein de logiciels gratuits pour ça.
    Et là, fini le problème du document qui disparaît : dès qu’un truc m’intéresse en streaming, hop je me l’approprie immédiatement au cas où il devrait disparaître.
    Exemple : je suis sur Youtube. Un utilisateur quelconque upload un clip de Shakira (c’est un exemple), les ayant-droits s’en rendent compte et demandent à Youtube de le supprimer, ce qui est fait. Sauf que, un millier d’internaute l’ont « pompé » sur ce même Youtube avant qu’il disparaisse et le repost le lendemain. 3 jours après, il est re-supprimé, 2 heures plus tard il est re-posté, etc… etc…
    Après, certains disent que la qualité en streaming est médiocre (son ou image) : c’est encore un peu vrai mais de moins en moins :
    Ex. vidéo: Youtube, de plus en plus de videos sont postées en HD, 720 voire 1080p. A 1080p la qualité est identique à l’original. Ca s’est acceléré d’une manière folle. Il n’y a encore que 2 ans, toutes les vidéos étaient en 360p, parfois 480p (considéré alors comme du HD…).
    Ex. audio : Deezer est encore un peu à la traîne mais un autre site de musique en streaming « Grooveshark » fournit la quasi-totalité de son catalogue (beaucoup plus intérressant que celui de Deezer à mon goût, trop franchouillard) en 320kbps, au pire en 240kbps. Pour info, lorsque l’on prend un CD du commerce et que le lit sur son ordi, il passe à 320kbps. Donc pas de perte.

    Tout ce qui en streaming peut être pompé en 2 minutes sur le site même de streaming. C’est à la portéé d’un enfant de… disons 10 ans.

    Pour moi, poser la question du téléchargement ou du streaming n’a pas lieu d’être.
    Je ne sais pas si je suis bien clair… je dois faire vite.

    Cordialement

    1. @grosnez: je traite ici de ce que les bibliothèques peuvent faire dans le cadre d’une offre légale. Votre propos n’est pas faut mais reste sans objet pour nos institutions.

  35. Je suis bien d’accord avec vous sauf que réfléchir à partir de postulats qui sont faux ça fait pas avancer le schmilblick.
    Certes, nous devons opérer dans un cadre légal MAIS sans perdre de vue la REALITE des pratiques culturelles nouvelles liées à internet. Sinon tout ça ne sert à rien.
    Remarquez, ça nous fait parler… on aime bien ça dans « nos institutions ».

    1. @grosnez: je pense que mon postulat est juste. Contrairement à ce que vous affirmer l’enregistrement du streaming n’est pas à la portée de tous. D’autre part, ce qui pose problème dans l’offre LEGALE de téléchargement c’est les mesures de protection qui limitent l’usage. Donc je pense que le streaming est pour l’instant la meilleure option pour les bibliothèques.

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