Quelle place pour la musique en bibliothèque?

Je reprends ici un courriel diffusé sur discothecaires_fr à propos de la lancinante question que se pose en ce moment les bibliothécaires musicaux.

Etre de simple pourvoyeur d’une offre de documents est une impasse.Cela revient à se positionner dans un univers de consommation sur lequel, T. Saglio, a raison de dire que nous ne ferons jamais le poids. En outre la démocratisation basée sur l’offre est aussi insuffisante car l’appétence à la culture se développe du fait de contacts répétés et à des pratiques culturelles régulières.

C’est pourquoi je défends depuis quelques temps l’idée que les bibliothèques y compris musicales doivent développer ou renforcer les activités de pratiques culturelles autour des collections (matérielles ou virtuelles). J’en parlais dans mon diaporama présenté lors des rencontres nationales 2007 et c’est l’un des points de vue que je développe dans mon mémoire d’étude du diplôme de conservateur.

Pour les bibliothèques musicales, il s’agirait d’accompagner les pratiques musicales et la culture musicale autour des contenus:

  • Les animations bien sûr sans chercher à faire des inscrits et des prêts.
  • la formation. Il me semble que c’est une grossière erreur que de négliger cela en France. Selon le contexte, des actions de formation musicale, seul ou en partenariat avec les écoles de musique. Liste non-exhaustive: découverte de la musique, solfège, apprentissage et pratiques d’instruments,…


Au delà du prêt qui restera encore quelque temps une de nos activités, l’idée serait de devenir l’un des lieux de sociabilité
autour de la musique. Pour cela nous avons un atout: être probablement le dernier lieu généraliste et éclectique sur la musique. Nous en pouvons pas lutter sur la fraîcheur et la disponibilité des documents mais sur la largeur et la profondeur de l’offre.

En associant pratiques culturelles et offre documentaire, nous sommes à mon avis au coeur de nos missions culturelles. La différence avec les centres sociaux culturels, les MJC et autres maisons de la culture: les collections, bien sûr, et la possibilité de mettre en perspective (histoire, esthétique,… ) les genres musicaux et le travail des musiciens.

Il faut pour cela accepter que le prêt ne sera plus la mesure de nos activités. Il faut pour cela que les élus prennent conscience du rôle social des bibliothèque. Je rappelle que l’enquête du Credoc pointe que 42% des personnes déclarant fréquenter une bibliothèque n’y sont pas inscrites, ne viennent donc pas pour du prêt ni forcément pour utiliser les documents…

Il faut pour cela accepter que notre métier change vers davantage de médiation vers le public (organisation des animations,
organisation et/ou réalisation des formations, accompagnement des usagers, mise en place de partenariats,…) et moins de traitement des collections.

Si les bibliothèques musicales s’effacent un jour, c’est que probablement que les élus et une majorité de gens aura pensé que la musique n’appartient pas à l’univers de la culture mais à celui du divertissement. En effet nous avons un rôle symbolique quant à la place de la musique dans le champ culturel. Si nous ne sommes plus là pourdocumenter la musique, qui le fera?

J’aurais l’occasion de revenir sur le sujet de la médiation en complétant les idées proposées par un camarade conservateur.

Qu’en pensez-vous? D’autres idées?

3 pensées sur “Quelle place pour la musique en bibliothèque?”

  1. 1/ Ok à 100% sur le rôle social des bibliothèques (je vais me faire lyncher dans ma BU mais tant pis : les BU sont aussi et peut-être d’abord des lieux sociaux…)
    2/ Ok sur les missions futures que tu esquisses : nous serons toujours et encore des passeurs, même si ce n’est plus des passeurs de documents.
    3/ et 🙂 pour le titre de « camarade conservateur » !

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