Quel avenir pour le patrimoine musical en bibliothèque?

Pour ne pas que cette question cruciale du patrimoine musical à l’heure de la numérisation reste dans les limbes du commentaire d’un précédent billet, je reprends ci-dessous pour le prolonger le texte de Gilles Pierret (mise en gras par mes soins):

« Je voudrais juste ici répondre sur un point qui a été abordé dans une des réponses ci-dessus, à savoir la question de la numérisation et de la valorisation des fonds de vinyles encore en possesion des bibliothèques.


A mon avis, la numérisation apparaît comme une chance à saisir pour enfin prendre conscience de l’importance de ce patrimoine largement délaissé jusqu’ici, sauf par quelques très rares institutions. Il me paraît évident que la valorisation de ces documents, souvent devenus introuvables, prend un relief tout particulier à l’heure de la disparition programmée des supports et de la “virtualisation” de la musique. Mais la mise en oeuvre de ces principes est beaucoup plus difficile qu’on ne le pense. cela suppose:


1.de s’atteler à la réalisation d’un inventaire des fonds existants -tâche particulièrement difficile dans la mesure où il s’agit d’un terrain vierge entièrement à défricher, -la notion même de conservation des documents sonores n’étant pas une donnée vraiment intégrée chez les professionnels;


2. de mettre en place un plan -régional pour commencer- de lieux de conservation partagée, pilotée par une bibliothèque volontaire officiellement missionnée pour le faire et disposant d’un minimum de moyens (sur le modèle de ce qui se fait, par exemple pour la littérature jeunesse en Idf sous la houlette de houlette de l’Heure joyeuse et de la JPL).


3.de créer des bases régionales consultables en ligne,répertoriant les fonds et documents numérisés, ce qui implique une réflexion sur les objectifs poursuivis(quels documents numériser, pour quels usages ?)et la définition de principes communs, bibliothéconomiques (quelles métadonnées associées) et techniques (quel niveau de qualité, quels formats de lecture ?).



Tout ceci peut peut-être sembler irréaliste, et j’ai bien conscience de l’immensité de la tâche. Cependant, il est à craindre que si nous ne parvenons pas à avancer dans cette direction, les campagnes de numérisation isolées n’apportent qu’une très faible valeur ajoutée …


Enfin, last but not least, le problème des droits risque de s’avérer beaucoup plus complexe (et plus coûteux …)que ne laisse supposer une lecture au premier degré (que j’ai faite aussi …)de la disposition d’exception pour les bibliothèques prévue par la Loi Dadvsi. Une réunion à la DLL, organisée au printemps dernier par l’IABD-à laquelle j’ai pu participer au titre de l’Acim, a montré combien les choses s’annonçaient beaucoup moins simples que prévu, une lecture attentive du texte en question -de portée très générale- soulevant finalement plus de questions qu’il n’en résout: qu’est-ce par exemple,qu’un document “obsolète” :un document “ancien” au sens classique du terme, un document épuisé ou introuvable ? à partir de quand un support est-il considéré comme tel (les documents sonores ou vidéos rentrent-ils dans cette catégorie ? Comment interpréter précisément la possibilité de numériser dès lors qu’il “s’agit de maintenir les conditions actuelles de la consultation sur place ?” etc …


Autant de questions qui ne trouveront pas leur réponse dans la publication très improbable de décrets d’application – l’esprit de cette disposition étant envisagée comme une exception -au sens fort- au droit d’auteur, c’est à dire sans aucune portée g&nérale, mais comme une possibilité à étudier au cas par cas, et à négocier … avec les représentants des ayants droits … mais à quel prix ? Nous ne ferons donc pas l’économie d’un passage obligé par ces derniers -le SNEP en l’occurrence pour nous-que le ministère nous a vivement incités à contacter – [ce que l’IABD se propose de faire (cf. dernière réunion du 4 Octobre)]
La partie est donc loin d’être gagnée … Il s’agit pourtant d’un enjeu important de l’avenir de la musique en bibliothèque »

Au-delà des vinyles, nos collègues de l’AIBM (Association Internationale des Bibliothèques, archives et centres de documentation Musicaux) et de l’AFAS (Association Française des détenteurs de documents audiovisuels et sonores) nous ont régulièrement alerté sur les questions de conservation y compris pour les CD pour lesquels il faut commencer à y penser dès maintenant. L’AIBM a réaliser un répertoire en ligne des bibliothèques et institutions contenant des collections musicales. Il ne tient qu’à chacun de nous de l’améliorer et de l’alimenter.

Dans le droit fil des propos de Gilles Pierret, je suggérerais pour ma part de mettre en oeuvre une conservation partagée à un niveau régional des objets physiques sans attendre que l’une ou l’autre bibliothèque régionale (BMVR?) soit missionnée. Il convient de s’inspirer des démarches appliquées à la conservation partagée des périodiques: se réunir à un niveau local pertinent, faire un état des lieux des points forts et faibles de chaque fonds, considérer les contraintes de stockage de chaque bibliothèque, définir des critères de conservation (c’est à dire jusqu’à quelle date on conserve les documents par grands genres) et se répartir les genres à conserver. Au moment du désherbage, on transmet à la bibliothèque chargée de la conservation du fond en question. Celle-ci gère ensuite son fonds de conservation en fonction du nombre d’exemplaires qui lui sont transmis et en fonction des critères établis au préalable.

Les obstacles sont nombreux et la reconnaissance de la musique en bibliothèque n’est pas le moins difficile à combattre. Reconnaissons aussi que les bibliothécaires musicaux sont pas le plus aguerris en matière de coopération et que nous devons faire des efforts pour nous organiser localement autour des agences de coopération, des groupes régionaux de l’ABF, des groupes régionaux de l’ACIM ou des associations locales.

Les inquiétudes de la profession sont certes focalisées sur notre avenir dans un contexte numérique mais justement la conservation du patrimoine sonore doit s’intégrer dans nos interrogations actuelles.

Alors du Nord Pas de Calais au Sud toulousain en passant par la Loraine et la Bretagne, qui se lancera le premier dans la conservation partagée des documents sonores?

2 pensées sur “Quel avenir pour le patrimoine musical en bibliothèque?”

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