Musique et bibliothèque: définitivement incompatibles?

En France la place de la musique en bibliothèques n’a jamais été de soi. Je renvois au lobby inlassable de l’association Discothèques de France. Malgré sa dissolution en 1997 signifiant la fin de son combat, les sections discothèques étaient loin d’être suffisamment répandues et les espaces musiques existants faisaient figure de « réserves d’indiens ».

Aujourd’hui l’essor de la musique sur internet censée être hyperdisponible remet en jeu cette question. Pour résumer un discours ambiant: « on trouve tout sur internet, les gens n’ont plus besoin des bibliothèques pour trouver et écouter de la musique, la baisse des prêts de disques en est bien la preuve ». Ces points de vue sont assénés comme une évidence par des collègues qui n’éprouvent même pas le besoin d’argumenter et de vérifier leur validité. Ces idées circulent de manière informelle dans des conversations ou même au hasard d’articles dans des revues professionnelles sérieuses où l’on dit cela en passant.

En rappelant ici brièvement mes arguments développer dans d’autres articles contre ces raccourcis intellectuels, je souhaite l’ouverture d’un débat clair et franc sur la place de la musique en bibliothèque:

  • Les études sociologiques montrent bien que les pratiques culturelles sont cumulatives. Abandonner la musique me semble à terme préjudiciable quant à la variété des publics présents en bibliothèques et quant à la variété des services offerts aux usagers.
  • « On trouve toute la musique sur internet » est assez naïf pour ne pas s’y attarder trop. Il suffit de regarder l’offre légale de musique classique disponible en téléchargement pour comprendre que cette affirmation est fausse. La largeur, c’est à dire la capacité à offrir un panorama important dans un genre, et la profondeur, c’est à dire la capacité à refléter la carrière d’un artiste ou d’un genre d’un point de vue historique, sont encore très insuffisantes par rapport à ce que peuvent offrir de grandes médiathèques. Des progrès sont faits mais nous sommes encore loin du compte. Il n’est pas dit que les grandes maisons de disques trouvent un intérêt économique à représenter la diversité musicale. Rien ne dit non plus qu’elles le fassent de manière pérenne.
  • Si la profession reste attachée à la bibliothèques comme espace symbolique servant à matérialiser la culture alors pourquoi abandonner la musique?. Les bibliothèques musicales telles quelles existent sont les derniers lieux généralistes d’accès à la musique. Grâce à des fonds multi-supports, nous sommes en mesure de documenter la musique: c’est à dire d’offrir la possibilité de contextualiser la musique d’un point de vue historique et critique, et aussi de relier les esthétiques musicales entre elles. Nous devons, au même titre que pour la littérature, présenter et promouvoir le goût pour les œuvres musicales de qualité surtout celles des labels indépendants qui sont peu diffusées et médiatisées. Si les bibliothèques musicales ne le font pas, quelle institution culturelle de proximité le fera?
  • « Les gens n’ont plus besoin des bibliothèques pour trouver et écouter de la musique ». Je ne crois pas que les bibliothèques aient joués un rôle si important dans la socialisation autour de la musique. Le prêt entre amis, la radio, la télévision, les disquaires et les concerts ont probablement jouer un rôle plus important que les bibliothèques musicales. La copie sur cassettes analogiques de vinyles puis de cd prêtés par des amis ont existé avant le P2P et la gravure à partir de CD prêtés par les bibliothèques. Comme pour le livre, les bibliothèques sont un maillon parmi d’autres des pratiques culturelles.
  • « La baisse du prêt des CD » s’ajoute comme preuve indiscutable du désintérêt du public pour la musique en bibliothèque. Pour l’instant le paysage français est plus contrasté que le laisse penser ce propos lapidaire, d’une part plusieurs médiathèques ouverte récemment avec un fonds de CD rencontrent un public nombreux qui vient l’emprunter, d’autre part certaines médiathèques connaissent une augmentation de leur prêt comme la médiathèque du Pays de Thann (Haut-Rhin). Si on applique cet argument aux collections imprimés, que font encore les livres de poésie en bibliothèque? Faut-il encore des livres pratiques? Quel ringard lit encore un livre de cuisine au lieu de chercher sa recette sur le web?
  • Les bibliothèques musicales ont peut-être bénéficié, comme l’édition phonographique, d’un âge d’or du prêt lié à des pratiques très importantes d’appropriation via la gravure ou le simple enregistrement de fichiers numériques. Du fait d’autres sources d’approvisionnement via internet, le volume de prêt revient peut-être simplement à un usage plus normal des collections.

Les vraies difficultés sont à venir la baisse du nombre de cd produits par les maisons de disque comme la baisse du nombre de livres édités dans certains domaines

J’ajoute que cette vision pessimiste de la place de la musique en bibliothèque semble assez française car lors d’un voyage en Finlande où en consultant les sites internet de bibliothèques étrangères, il ne semble pas du tout question de la disparition des secteurs musicaux.

Les questions qu’on ne se sera pas posé sur la musique reviendront comme un boomerang chaque fois qu’internet grignotera l’édition physique des documents.

Que les collègues qui pensent que la musique (je ne limite volontairement pas la question au CD) n’a pas ou plus sa place en bibliothèque nous fasse part de leurs arguments pour que l’on puisse enfin discuter sérieusement et franchement de cette question. S’il y a des évidences que l’on ignore, dites-le nous, tout le monde peut se fourvoyer, les bibliothécaires musicaux pourront alors réfléchir à leur reconversion…

(ce billet sera aussi diffusé sur les listes de diffusions professionnelles)

20 pensées sur “Musique et bibliothèque: définitivement incompatibles?”

  1. Bonne question.

    Je reformule à ma façon : le recul du rôle de fourniture doculentaire des bibliothèques (autrement dit : le fait que les bibliothèques ne soient plus en effet d’aubaine pour qui veut telle ressource) se fait par pan : tels genres musicaux et cinématographiques, tels segments de l’édition sur papier de monographies et de périodiques… Une partie du public prends ses habitudes en ligne. Les réponses en terme de ressources numériques payantes que les bibliothèques pourraient redistribuer sont partielles (ce que je suggère dans http://lahary.wordpress.com/2009/02/09/six-hypotheses-sur-le-numerique-et-les-biblioiotheques-publiques/). Quant à la disparition des supports, elle sera parallèle sur le marché, dans les bibliothèques (et dans l’équipement des ménages, pour les supports nécressitant un appareil de lecture). Tant qu’il subsistera des gens pour écouter des CD, on pourra en prêter.

    Je vois plutôt une mutation progressive des bibliothèque vers moins de fourniture documentaire et plus d’orientation, qu’il s’agisse de son, d’image, de texte.

    (Ce qui est intéressant avec les réflexions des bibliothécaires musicaux, c’est quelles sont plus vivent que celles des « bibliothécaires textuels », parce que leutr contexte est en apparence du moins plus dangereux. ce faisant, elles sont très utiles à l’ensemble des bibliothécaires, bien au-delà de la question de la musique).

  2. bonjour Xavier
    le « canal historique » rappelle que la Discothèque de France a été auto-dissoute par son directeur Jean Marie Daudrix, en 1987. La même année, la « sous-section les discothécaires » de l’ABF faisait de même au congrès de Marseille. Chacun considérait pour sa part que le chemin parcouru était irréversible et qu’il valait mieux travailler à l’unité de la profession que de creuser la singularité d’une de ses spécialisations.
    La revue Ecouter-voir et son association support l’Acim, sont autant nés du besoin de compenser ces disparitions que de la création et la dynamique de la Discothèque des Halles, future Médiathèque musicale de Paris.
    Amitiés

  3. Oui, ce n’est pas la fin de la musique ! Ouf ! On voit vraiment je crois dans tous les domaines une remise en cause des intermédiaires… dont ils sont en partie responsables par manque d’anticipation ou par stratégies… Pas grand monde a cru au modèle de la gratuité proposée par Google. Je ne doute pas qu’Universal (par exemple) qui est à la ramasse en terme de propositions de téléchargement ne rattrape un jour son retard. Ils ont tout de même un des plus gros catalogues et sur celui-ci, il y a aussi des musiciens par très connus. En bibliothèque, sur ces offres légales, il faudra travailler pour que sur nos portails nous puissions proposer des offres de musique. Il y a aussi d’autres pistes à explorer : comment les bibliothécaires font-ils de la médiation sur des plateformes de musique libre telles que Jiwa ? Je crois aussi que la médiation est notre avenir à base de conférences, de concerts et ensuite de mise à disposition sur les portails de bib de ces conférences ou concerts sous la forme de podcasts… Les expériences de blogs musicaux regorgent aussi d’idées pour développer une véritable médiation autour de la musique. Cependant, il faut que tous les collègues se saissisent des outils en testant à tout va… C’est une période passionnante, vous ne trouvez pas, la recherche d’un nouveau modèle de bibliothèque, avec un challenge de taille : la mise en valeur de tous les savoirs qui dorment dans la tête des bibliothécaires (musicaux ou autres)… Musicalement votre Franck

  4. bien d’accord avec cet argumentaire. A rajouter à mon avis :
    – le contexte « musical » qui mérite une attention et pas seulement par une importante collection sur place = musiques locales, groupes d’écoute, partage, expositions
    – le croisement de la musique et de l’image, fertile en nouvelles découvertes
    – les partenariats et collaborations avec les évènements locaux et nationaux où les bibliothèques seront des appuis « savants », des gisements (peut-être les seuls)

    ce dernier argument a fondé les bibliothèques-livres : pourquoi pas els bibliothèques-musique ?

    😉

  5. Excellente synthèse, étayée et argumentée. Je vais ajouter un bref mot d’expérience personnelle. Je suis le directeur adjoint d’une structure qui a inauguré une section disco en jun 2007. Bizarrement (pas tant que cela), ceal succédait à un secteur multimédia, un fonds de DVD, bref tous les autres supports. Locaux spacieux belle signalétique, choix pertinent bien ciblé et diversifié de mes collègues discothécaires, bref cela a été fait pour le mieux et sans dysfonctionnement majeur. Or, sans rentrer dans les détails, la fréquentation ne correspond pas à mes attentes. Mais si c’était mes attentes qui avaient été mal calculées? Il est clair que les pratiques culturelles ont été bouleversées par Internet, et le téléchargement. Si facile si pratique si pas cher bref on sait ça. Et d’aileurs on le voit sur les tranches d’âge de notre section disco; quinqua,quadra ce sont des proportions qui paraissent au néophyrte que je suis raisonnables, à cause me semble-t-il de l’attachement sentimental porté au suppport cd audio l’objet,quoi. En dessous de cette barrière, vers 35 ans je dirais il commence à y avoir bcp moins de lecteurs(auditeurs, OK, OK)J’ajoute un autre argument à la liste de XG; il ne parle que de téléchargement légal. Mais moi quand je présente notre secteur disco à des nvx lecteurs, je ne m’embarasse pas de fioritures; je leur dis si vous aimez la musique et que vous en écoutez bcp, la FNAC c’est cher, le téléchargement c’est illégal, nous on est pas cher et c’est légal. Un argument qui porte.
    En résumé; je pense que cette idée selon laquelle la muzik n’aurait plus sa place en médiathèques n’amabne pas tellemtn de professionnels. Ils se font juste le relais d’un doxa ambiante pardon pour le pléonasme. Et relayée avec toute la force d’une doxa, et la simplicité corrélée et puissamment séduisante des
    fausses évidences, par les lecteur et les élus qui ne sont que des lecteurs (dans le meilleur des cas). Le certain est que si cet argument porte contre les disco, comment résister ultérieurement aux autres, tellement semblables? A quoi bon des salles d’études? A quoi bon des livres? A quoi bon notre métier, en un mot? Sacrifier les disco (ne serait-ce qu’intellectuellemtn) c’est se couper un bars. Mais sans sauver le reste du corps. Bien cordialement à tous.
    TS

  6. ERRATUM
    « cette idée n’émane pas tellemnet de professionnels », et à la fin « c’est se couper un bras »? Couper un bar , non mais ça va pas la teuté?
    Elle est étroite cette fenêtre. Sorry TS

  7. bonjour, je ne suis qu’un bénévole dans une petite bibliothèque communale, je ne me hasarderai qu’à une suggestion à l’échelle de mon cas particulier. Je n’en suis pas encore à m’interroger sur la pertinence ou non de l’existence de fonds musique. J’ai le sentiment qu’on évoque souvent le support (CD, Mp3, Vinyls) mais rarement les appareils de lecture (chaîne hifi, pc,..) – peut être pourrait on trouver des éléments de compréhension en étudiant ces éléments. (par exemple: quelqu’un achète une chaîne hifi pour ecouter des cd, mais très vite, la cellule est à changer et elle est très chère de remplacement, alors qu’en comparaison de nouvelles cartes sons qu’on achète d’occasion sur ebay, permettent de booster son ordi, on est pas obligé d’aller chercher un réparateur…) – Bon, c’était une suggestion. Bon Week End

  8. BojouIr,

    C’est étrange comme, dans ces commentaires, tout le monde à l’air d’accord avec les propos de Xavier. Alors qu’à la lecture du billet, d’un sujet de la dernière mouture du concours de Bib, et du discours ambiant, il semble que ce billet devrait créer plus de remous.
    Il y a peu je suis allé donner une formation en BDP sur la gestion d’une discothèque où j’ai entendu que cette formation avait failli ne pas avoir lieu parceque la direction avait décrété (en substance) que le CD est mort et donc la musique en bib itou…
    Pour paraphrasé un ami, disco aussi, mais aussi musicien : ce billet est bien, mais ne vont le commenter que ceux qui sont d’accord, il n’y aura donc pas débat. Hors il me semble qu’il est précisemment lancé en vu d’un débat. Me trompe-je ?

    J’espère qu’il y aura de vraies réactions sur bibliofr, argumentées, intelligentes sortant des poncifs habituels, et pourquoi pas virulentes ? J’espère que les commentaires ne seront pas bien pensant, comme on peut le voir si souvent.
    -Thécairement,

    Lard-No « bistro-thécaire parmi d’autres »

  9. Je ne suis ni musicien ni-thécaire, mais documentaliste indépendant sur l’histoire de la musique.

    Entre une consommation gratuite effrénée via internet (p to p chez soi ou sur les téléphones portables) et la ‘caution de sérieux’ offerte par les sections discothèques des biblis (tout aussi gratuite mais oh combien moins superficielle et moins orientée), est-ce qu’on n’oublierait pas deux phénomènes importants :

    1. Plus le virtuel se développera, plus le besoin de contact, de dialogue, d’échange, de conseils/repères humains augmentera… et toujours de + en + pointus/spécifiques. De plus , même si je ne doute pas des talents ou des compétences de la vendeuse de prisu ou de Leclerc , un (e) bibliothécaire me semble(ra) toujours disons… un peu moins mercantile/servile/désabusé(e)… heureusement  J’enfonce une porte largement ouverte, bien sûr, mais je dis ce que je pense… ou pressens !

    2. Quid de la littérature (écrite , pardon pour le pléonasme !) sur la musique ? Pourquoi les éditeurs de livres continuent-il à publier trois dizaines de nouveaux titres de livres par mois sur l’histoire des musiques – oui au moins TRENTE tous les mois ! – et depuis plusieurs années ? S’ils persistent, c’est bien que ces livres sont achetés (et lus, a priori ?), et pas seulement par (dans) les bibliothèques, car combien d’éditeurs ont encore les moyens d’être philanthropes au point de vendre à perte des années durant ? Alors : où sont-ils, ces livres ? Qui les achète ? Qui / combien les consulte / emprunte ?

    3. Les livres sur l’histoire de la musique n’intéressent pas les bibliothécaires car ils sont persuadés qu’ils concernent les discothécaires… qui eux ne s’intéressent qu’à (tous les supports de) la musique, parfois aux partitions, mais si rarement aux livres sur son histoire

    Où est l’erreur ?

    polo

  10. Je l’attendais ce pavé dans la mare, et c’est Xavier qui l’a lancé, bravo. C’est vrai qu’argumenter sans cesse face à ces questions récurrentes est parfois fatigant : convaincre que les bibliothèques auraient tout à perdre en « sacrifiant » la musique, qu’il est important de la garder, sous n’importe quelle forme. Pour l’instant, nous n’avons pas la borne de téléchargement de nos rêves, mais nous avons l’humain-ressource dans la salle, et les animations-musique qui font toujours un tabac…Moi aussi j’ai hâte de lire des arguments contre, à l’heure où on tente de modifier notre image…

  11. Bonjour, je suis discothécaire et me pose également des questions pour l’avenir de cette profession mais je ne fais pas plus de défaitisme que je ne cherche à me rassurer…
    Il serait bien prétentieux d’affirmer que la musique n’a pas d’avenir en bibliothèque, tout autant que de soutenir le contraire. Des arguments, nous pouvons en développer d’un côté et de l’autre à foison. Mais nous entretenons, et ce depuis longtemps un débat que je trouve pour ma part de plus en plus stérile et improductif. Ce sont toujours les mêmes poncifs qui reviennent inlassablement de part et d’autre (la médiation culturelle…, la baisse de fréquentation, le téléchargement, etc…) et il n’en sort pas grand chose.
    Le fait est que le support que nous proposons, s’il n’est encore désuet, tend irrémédiablement à le devenir, ne fut-ce que pour des raisons pratiques, d’évolution de la qualité du format conjointement à l’augmentation de la taille des disques durs et de facilité d’accès par la multiplication des supports multimédias et de leur interdépendance.
    Beaucoup trop de facteurs ne dépendent absolument pas de nous mais du monde dans lequel nous vivons. J’ai la conviction intime que nous sommes partiellement coupés de la réalité dans nos « bulles culturelles » et que toutes nos reflexions manquent d’adéquation avec le monde réel.
    Cet avis n’engage que moi bien sûr. Peut etre devrions nous envisager le débat autrement qu’en entrant dans un système de confrontation des chapelles?

    Cordialement

  12. Bonjour.

    La musique se meurt en bibliothèque ? Qu’elle crève. Bref rappel en direction des collègues unanimes à défendre la « diversité culturelle » : lorsque les idéologues de la modernisation des bibliothèques dissertent sur le désherbage des livres et qu’ils assènent tranquillement que les ouvrages qui ne trouvent pas lecteurs sont inutiles parce qu’ils « restent là » et sont donc nuisibles (ils empiètent sur l’espace vital de leurs concurrents), personne ne remet en cause le bien-fondé de la décision qui les vouent au pilon. C’est ainsi que des collections riches et bien constituées disparaissent sacrifiée sur l’autel du « taux de pénétration », de la rentabilité et autres « indicateurs de performance ». Où est-elle, en la circonstance, votre « diversité culturelle »?

    Au nom de quel privilège d’exterritorialité la musique échapperait-elle à la dure loi libérale (la seule « doxa » des bibliothèques) qui impose que tout ce qui ne sert plus soit détruit ?

    Quant à vous, discothécaires : les plus malins (= les polyvalents) trouveront à s’employer ailleurs ; les autres iront pointer. C’est tant mieux. A la guerre comme à la guerre.

    Aimable, pour vous servir.

  13. @ aimable :
    « lorsque les idéologues de la modernisation des bibliothèques dissertent sur le désherbage des livres et qu’ils assènent tranquillement que les ouvrages qui ne trouvent pas lecteurs sont inutiles parce qu’ils “restent là” et sont donc nuisibles (ils empiètent sur l’espace vital de leurs concurrents), personne ne remet en cause le bien-fondé de la décision qui les vouent au pilon. »

    Des preuves.

  14. @mxsz

    Voyez les textes de D. Lahary sur la question. Voyez aussi les déclarations de ce bon Jean-François Jacques (elles datent un peu mais on peut les retrouver sur biblio.fr, entre autres).
    Non plus sur le désherbage mais sur le contenu des collections, voyez également certaines prises de position de Poissenot, le preux chevalier du best-seller : pour appâter le client, la bibliothèque doit acquérir tout ce que le marché lui destine ; une conception de la « diversité culturelle » qui brise les « tabous », comme on voit, et que l’avant-garde de la profession plébiscite (à ce sujet, je signale à ceux qui ne l’auraient pas encore lu un texte du même Poissenot paru dans l’immonde revue en ligne « BiblioAcid », heureusement disparue, et dans lequel l’ignorance le dispute à la bêtise. Ca devrait intéresser les discothécaires).

    Aimable

  15. Journée d’étude Désherbage et conservation partagée, Médiadix, Saint-Cloud, 15 avril 2008 :
    Mon intervention « Désherber sans détruire ? « : diaporama http://www.lahary.fr/pro/2008/mediadix-desherbage.ppt http://www.lahary.fr/pro/2008/mediadix-desherbage-sansimages.ppt (3,3 Mo), diaporama allégé (1 Mo)

    Ici commenté : http://lahary.wordpress.com/2008/04/30/les-deux-jambes-de-la-bibliotheque/
    « pour une gestion en réseau de la destruction (détruire ne devrait pas être une décision locale) et donc pour une conservation organisée, permettant aux titres qui le méritent de survivre à la raréfaction des demandes par une raréfaction des exemplaires sans disparition totale »

    Congrès de l’AIFBD, Montréal, 3-6 août 2008 :
    Pour une approche économe de l’accès au document : longue traîne de réseautage, 3 août 2008 : http://www.lahary.fr/pro/2008/lahary-aifbd2008.htm
    Extrait : « Il est naturellement nécessaire de détruire des exemplaires, on ne pas toujours tout garder. Mais les titres, eux, ne doivent pas tous disparaître à cause du manque de coordination entre les bibliothèques. »

    Texte de Poissenot dans BiblioAcid : http://www.nicolasmorin.com/BiblioAcid_revue/BAv1n4.pdf

    Ni inintelligent ni bête selon moi, à chacun de se faire une opinion.

  16. Il me semble qu’il y eût un âge d’or des sections disques : on mettait des cds dans les bacs et un beau et savant discothécaire derrière un bureau partageait avec ses groopies ses formidables découvertes musicales. Bien sur, j’ironise… mais amis discothécaires, maintenant qu’il faut y mettre un peu plus d’huile de coude, êtes vous vraiment prêts à mettre en valeur vos fonds, à faire rencontrer vos usagers et les acteurs du monde musical, à organiser des discussions et échanges autour de la musique ?
    Peut-être que je me trompe puisque je n’ai aucune statistiques à donner pour argumenter ce propos, ça n’est donc qu’un ressenti par rapport aux annonces, communications et pubs que je lis pour les animations en médiathèques, mais il me semble que peu de structures organisent des actions autour de leurs fonds musique. N’il a-t-il pas là, une voie (parmi d’autres sans doute) pour se différencier d’un simple téléchargement ?

  17. Voilà une belle unanimité.
    En d’autres temps les confréries avaient un peu plus de panache : on cassait de la machine à vapeur, du métier à tisser,
    on se révoltait contre les méfaits de l’imprimerie, on manifestait contre les trains, les centrales nucléaires et j’en passe.
    En gros, c’était mieux dans le temps. Quel temps ? On ne sait pas trop, toujours est-il qu’il s’agit d’un temps où il y avait des hivers rigoureux, pas d’internet pour nous les briser et on prêtait des disques en veux-tu en voilà !
    Ici point de jacquerie ! Comme en Angleterre dans les années 70 où les dockers regardaient s’installer les grues porte-conteneurs
    sans la moindre inquiétude puisqu’ils continuaient à être payés à regarder les grues déchargeant les navires.
    Donc, pas de stress pour les discothécaires et même si la marchandise venait à manquer, ils ont trouvé la solution : la médiation !
    Les églises se sont vidées avant les bibliothèques musicales mais il reste quelques pratiquants, les meilleurs paraît-il.
    Il est normal qu’une profession se recroqueville devant le changement mais dans le cas présent, on est tout près de l’autisme.
    D’ailleurs, j’aime flâner dans les BDP : j’y retrouve une atmosphère, une senteur qui fleure bon la RDA, le vynil (stockage à rotation très très très lente pour quelques milliers d’euros par an) , la poésie de Kim Il-Sung, et voilà, je parlais d’autisme et je m’égare…. Finalement, peut-être pas tant que ça : les discothèques sont souvent de petites forteresses à l’intérieur des bibliothèques, certains parlent de chapelles (confer supra).
    Je reviens au texte de Xavier :
    Premier point, les pratiques culturelles sont cumulatives : certes ! Mais dans le cas présent, il s’agit simplement d’un changement de support :
    les agences matrimoniales ferment également, le public semble se passer de leur médiation.
    D’autre part et pour simplifier, j’ai le choix entre un supermarché où je paye et un autre encore plus grand et gratuit.
    Les gens ont choisi : le grand supermarché gratuit. Il est rarement souligné qu’il s’agit de la plus grande démocratisation de la culture jamais opérée. Bizarrement le bibliothécaire défend le système antérieur, la légitimité. La démocratisation de la culture OK, mais pas sans nous et la médiation, bordel !
    Le modèle économique qui prévalait est totalement ruiné, rien ne sera plus jamais comme avant, nous devons l’admettre. Un nouveau modèle (dont nous ignorons les contours) est probablement déjà en gestation.
    Mon sentiment, peut-être naïf, est que l’on trouve tout sur internet et que limiter la réflexion à l’offre payante n’a aucun sens puisque les pratiques dominantes sont différentes.
    Ensuite, il y a le couplet sur la baisse du prêt, non, ça augmente ! Et qu’est-ce que vient foutre la poésie là-dedans : le public lirait moins de recueils poésie ? Ca reste à prouver … Putains d’autoroutes de l’information, elles s’attaquent même à la poésie.
    Bon, je n’ai pas les chiffres en tête mais les ventes s’écroulent inexorablement, le prêt aussi, tout le monde le sait, alors pourquoi se la jouer style « drôle de guerre » ?
    Quant à l’âge d’or des discothèques auquel je souscris totalement ayant moi-même participé à la ruée, je doute fort qu’une fréquentation en baisse tende vers la normale, d’ailleurs, c’est quoi un usage normal des collections ? Un algorithme mixant le taux de rotation rapporté à la population moins la quittance de loyer et la fermeture du jeudi divisée par les amendes pour retard et boîtiers cassés et multipliée par l’aversion au rap et aux cailleras qui en écoute et dont la quittance a d’ailleurs plus de trois mois et qui iront se faire cuire un œuf.
    Je pense que les bibliothèques musicales ne résisterons pas à la chute de la fréquentation.
    Il faudrait peut-être aussi étudier de plus près la diversité des fonds, la défense des petits éditeurs, etc… des choses présumées acquises mais que rien ne démontre si ce n’est le discours.
    Je me souviens aussi que l’on parlait de produits d’appel avec les disques en bibliothèque maintenant on parle d’objectifs de représentation documentaire ! Respect !
    Par ailleurs, j’ai milité (avec insuccès) depuis 2004 pour la suppression des achats de disques dans les bibliothèques, c’est-à-dire à terme, la fermeture ou l’enclos patrimonial. C’est un dur combat : la Corée du Nord ne cédera pas ! 30% de budget en moins, c’est peu mais c’est un début même si je pense que le reste c’est 70% jeté par les fenêtres.
    Enfin je me trouve à Orléans, en voyage, et comme tout bibliothécaire qui se respecte, je visite la bibliothèque et au rayon disques tel le client mystère je demande quelques trucs rares et précieux (à mes oreilles) et là, merveille des merveilles, non seulement ils ont tout ça mais rebondissent sur d’autres choses extraordinaires plus vite que l’internet, le tout dans un enthousiasme communicatif. Je sors et je dis « si j’habitais ici je m’inscrirais à la discothèque ! ». Je n’ai plus de platine CD, ça doit pouvoir se trouver chez un antiquaire.
    Pace e Salute
    Mickey Cohen

    « Nous ne sommes que des personnages très secondaires, très effacés, des figurants égarés, mais les figurants sont au monde comme les arbres et les planètes, comme les amours perdues et les corbeaux attentifs.»
    Jean-Claude Pirotte

  18. Bonjour vous tous, nous avons relayé cet article sur le site de l’Irma, en espérant que votre débat puisse également se faire avec les non thécaires, artistes et autres professionnels (ou non) de la musique…
    Mathias

  19. Tout le monde pleure la disparition de la bibliothèque d’ Alexandrie, que de chef d’ oeuvres envolés en fumée. Mais le rôle d’ une bibliothèque n’ est il pas aussi de garder et protéger des oeuvres dans leur
    création originale ( pochettes pour les vyniles, livrets et pistes cachées pour les cds)A force de cout terme et de rentabilité, on perd la mémoire , on perd la culture. Une bibliothèque doit être un centre culturel comme un autre, et les modes tournant, on reviendra un jour au supports « physiques palpables  » je continue à me battre pour que la musique soit vivante sur un support, grace auquel on écoute aujourd’ hui Mozart comme s’ il était parmi nous.
    Et je m’ efforce sur mon blog de faire revivre les grands moments discographiques passés et à venir.
    Ne laissons pas brûler nos médiathèques, par inconscience et seul souci de rentabilité.

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