{"id":2632,"date":"2019-08-03T13:27:55","date_gmt":"2019-08-03T13:27:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/?p=2632"},"modified":"2019-08-03T13:27:55","modified_gmt":"2019-08-03T13:27:55","slug":"les-sols-carrelage-et-plage","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/2019\/08\/les-sols-carrelage-et-plage\/","title":{"rendered":"Les sols (carrelage et plage)"},"content":{"rendered":"<p>Quel enfant joyeux, joyeux et virevoltant sans cesse dans la maison, il \u00e9tait infatigable, sa nounou n&rsquo;arrivait pas \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 et il me pi\u00e9tinait lourdement mais sans malice, avec plut\u00f4t une forme d&rsquo;avidit\u00e9 \u00e0 explorer le monde qui l&rsquo;entourait, partir \u00e9couter le moindre bruit dans une autre pi\u00e8ce, d\u00e8s le matin, je le reconnaissais avec ses pieds en V sur moi, les autres membres de la famille avaient une forme de pas s\u00e9rieuse car les deux pieds strictement parall\u00e8le, aucune fantaisie perceptible \u00e0 ce stade, c&rsquo;est pourquoi j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 pris de court et boulevers\u00e9 quand le petit enfant est tomb\u00e9 sans crier gare et s&rsquo;est ouvert le menton sur un seuil de porte mal fix\u00e9, le sang a coul\u00e9 sur moi, je n&rsquo;avais jamais vu rouge avant, la poussi\u00e8re, l&rsquo;eau, le sable, les insectes, les meubles, les chats affal\u00e9s, les chaussures retourn\u00e9es, le cul de la poubelle, des corps nus et excit\u00e9s, le cartable d&rsquo;\u00e9cole, le livre abandonn\u00e9 ou le go\u00fbt du coca autour d&rsquo;un verre bris\u00e9, tout cela m&rsquo;\u00e9tait \u00e0 peu pr\u00eat familier mais le sang, c&rsquo;\u00e9tait ma premi\u00e8re fois, j&rsquo;ai tout de suite d\u00e9test\u00e9 \u00e0 cause des pleurs de l&rsquo;enfant et des hurlements de la nounou, le sang pour ma part, je n&rsquo;y prendrais pas go\u00fbt.<\/p>\n<p>Dans ce coin de la maison, la chaleur ne m&rsquo;atteins pas, mon carrelage reste frais, le chat vient s&rsquo;affaler de tout son long sur moi, les pieds nus s&rsquo;attardent, parfois une peau nu s&rsquo;allonge avec une protub\u00e9rance en plein milieu tout du long, le dos, puis le surface de peau change quand je me suis r\u00e9chauff\u00e9 \u00e0 son contact, moins large et plus discontinue, le poids est aussi moins homog\u00e8ne, un soupir d&rsquo;aise vient parfois et j&rsquo;entends aussi un bruit r\u00e9gulier avec comme un petit vent sur moi, tr\u00e8s fort au milieu de la pi\u00e8ce et quasiment imperceptible ailleurs, quand c&rsquo;est comme cela je reste dans le noir tr\u00e8s longtemps, j&rsquo;aper\u00e7ois \u00e0 peine le ciel, parfois un bout de Lune, la nuit quand les volets sont entreb\u00e2ill\u00e9es, au petit matin je me sens parfois frigorifi\u00e9 et tendu sans trop savoir pourquoi, quand les premiers pieds me foulent cela va tout de suite mieux, leur passage me r\u00e9chauffe et tous mes carreaux se d\u00e9tendent en cascade, l&rsquo;autre jour une bestiole \u00e9trange est venue se d\u00e9poser sur moi, c&rsquo;est \u00e0 peine si j&rsquo;ai senti quelque chose, comme un tout petit courant d&rsquo;air, c&rsquo;est quand j&rsquo;ai entendu des exclamations que je me suis un peu concentr\u00e9, ils ont dit papillon, myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce que je pr\u00e9f\u00e8re, c\u2019est le massage des vagues la nuit, aucune autre perturbation, le vent fort lui m\u2019affole et me bouleverse en dispersant mes grains de sable \u00e0 tout va, au petit matin je frissonne sous les pattes des crabes, j\u2019essaie vainement de comprendre si leur trajet m\u2019envoie un message, et puis je tremble \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des voitures et des hommes qui en sortent, petits ou grands, ils n\u2019ont de cesse de courir vers la mer, observer les pieds de tout forme me distrait un moment puis je me lasse de ces va et vient perp\u00e9tuels sans autre logique que d\u2019alterner plongeons et bronzages, le pire vient des enfants qui me triturent, me creusent ou me sculptent, je n\u2019en peux plus des ch\u00e2teaux de sable et autres digues, des mots d\u2019amour et autres kyrielles de pr\u00e9noms&#8230; en revanche, j\u2019attends avec impatience et je me passionne pour les jeux de ballons divers et vari\u00e9s, j\u2019admire l\u2019adresse et la dext\u00e9rit\u00e9 dont je ne suis pas capable, je suis jaloux des rire et des connivences que cela cr\u00e9ent entre joueurs, moi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment immobile, soumis aux al\u00e9as des courants marins et du vent, que j\u2019aimerais pouvoir virevolter, danser, me jeter par terre, tourbillonner au sol et encha\u00eener figures ou cabrioles, parfois en fin de journ\u00e9e quand le calme revient, je me sens lourd et inutile, encore plus insignifiant que tous les rochers qui m\u2019entourent.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/la-proposition-01-une-phrase-des-sols\/\"><em>Atelier en ligne de Fran\u00e7ois Bon, Et\u00e9 2019, proposition 1<\/em><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quel enfant joyeux, joyeux et virevoltant sans cesse dans la maison, il \u00e9tait infatigable, sa nounou n&rsquo;arrivait pas \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 et il me pi\u00e9tinait lourdement mais sans malice, avec plut\u00f4t une forme d&rsquo;avidit\u00e9 \u00e0 explorer le monde qui l&rsquo;entourait, partir \u00e9couter le moindre bruit dans une autre pi\u00e8ce, d\u00e8s le matin, je le reconnaissais avec &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/2019\/08\/les-sols-carrelage-et-plage\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Les sols (carrelage et plage)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2},"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[261,14,27,29],"tags":[],"class_list":["post-2632","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier-f-bon","category-micro-fictions","category-prose","category-textes-courts"],"jetpack_publicize_connections":[],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p5H0vD-Gs","jetpack-related-posts":[],"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2632"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2636,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2632\/revisions\/2636"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2632"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2632"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2632"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}