{"id":2594,"date":"2019-05-05T17:27:20","date_gmt":"2019-05-05T17:27:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/?p=2594"},"modified":"2019-05-05T17:27:23","modified_gmt":"2019-05-05T17:27:23","slug":"la-chanson-de-roland-atelier-nouvelle-f-bon-proposition-10","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/2019\/05\/la-chanson-de-roland-atelier-nouvelle-f-bon-proposition-10\/","title":{"rendered":"La chanson de Roland (atelier nouvelle F. Bon, proposition 10)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>La chanson de Roland (version 1)<\/strong><br><br>Je l&rsquo;ai crois\u00e9 plusieurs fois sur la plage. Lorsqu&rsquo;il marchait en regardant l&rsquo;horizon, Roland avait tour \u00e0 tour l&rsquo;air r\u00eaveur, pensif et parfois triste. La premi\u00e8re fois que je l&rsquo;ai dessin\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait en cachette, il \u00e9tait assis sur un banc face \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an et il lisait M. Duras, \u00ab\u00a0Le ravissement de Lol. V. Stein\u00a0\u00bb. Cela m&rsquo;a donn\u00e9 envie de le lire. Roland relevait la t\u00eate r\u00e9guli\u00e8rement pour regarder la mer. Quelques fois, j&rsquo;ai pu entendre un soupir. D&rsquo;autres fois, il s\u2019arr\u00eatait pensif avec un sourire infime. Pendant plusieurs jours, il n&rsquo;est pas venu et je me suis inqui\u00e9t\u00e9e.<br><br>Ce samedi-l\u00e0, il faisait beau et la station baln\u00e9aire \u00e9tait envahie. J&rsquo;\u00e9tais perturb\u00e9e et j&rsquo;ai err\u00e9 un moment en cherchant un endroit un peu calme entre deux dunes. Le vent \u00e9tait fort et l&rsquo;oc\u00e9an tr\u00e8s agit\u00e9. Gagn\u00e9e par une sorte d&rsquo;ivresse, j&rsquo;ai fait plusieurs croquis de la mer d\u00e9cha\u00een\u00e9e avec quelques vacanciers au premier plan. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas si mal et je pourrais peut \u00eatre les vendre demain au march\u00e9. Je me suis endormie au soleil. Les insomnies ne me laissaient aucun r\u00e9pit. J&rsquo;avais commenc\u00e9 le roman de Duras que lisait Roland. La musique du texte \u00e9tait vraiment fascinante.<br> <br>En rentrant tard dans la soir\u00e9e, le soleil se couchait. J&rsquo;ai aper\u00e7u Roland se lever de son banc habituel et repartir. Il avait oubli\u00e9 quelque chose. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9e. Un petit carnet gisait sur le banc. Je m&rsquo;en suis saisie, h\u00e9sitant \u00e0 courir pour lui rendre. La curiosit\u00e9 m&rsquo;a clou\u00e9 les pieds au sol. Je me suis assise en fermant les yeux. Le vent avait faibli et le ressac semblait plus doux. Des images se sont bouscul\u00e9es dans ma t\u00eate et j&rsquo;ai sorti \u00e0 nouveau mon bloc \u00e0 dessins. Le trait s\u00fbr, mon crayon a criss\u00e9 fi\u00e9vreusement sur le papier \u00e9pais et granuleux. J&rsquo;ai sorti plusieurs couleurs. La fr\u00e9n\u00e9sie pass\u00e9e, j&rsquo;ai referm\u00e9 le bloc sans regarder le r\u00e9sultat final. J&rsquo;attendrais demain matin.<br> <br>Avant de rentrer, j&rsquo;ai ouvert le carnet au hasard. \u00ab\u00a0&#8230; je ne suis jamais sortie du ravissement, ce moment r\u00eav\u00e9 de l\u2019amour,  juste apr\u00e8s la rencontre, ce regard qui dit presque tout et pourtant,  cette mati\u00e8re au songe quand, dans mon lit, je tente de revivre la  sc\u00e8ne, je prends le temps de go\u00fbter et d\u2019approfondir chaque d\u00e9tail, le moindre bibelot, la plus petite posture du corps, tous les souffles d\u2019air dans la pi\u00e8ce, toutes les mimiques, et je me laisse aller, parfois, \u00e0 refaire le film pour le rendre plus intense, plus dramatique, plus violent voire effrayant, histoire de faire enfin un cauchemar. J\u2019ai trop attendu le retour du ravissement, ce moment sublime de la d\u00e9couverte et l\u2019enthousiasme du premier amour, les murmures de l\u2019amant chinois \u00e0 l\u2019approche de la jouissance, ces mots contr\u00f4l\u00e9s luttant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment contre l\u2019abandon, contre l\u2019arriv\u00e9e du pr\u00e9cipice, n\u2019osant pas franchir ce pas vers la mort, pas si petite que cela, le Pacifique brisait toujours le barrage, je me r\u00e9veillais toujours au seuil de la noyade, quand il ne faut pas, quand je voudrais tout abandonner, quand je voudrais renoncer \u00e0 tout espoir de revivre ce ravissement, en dehors de l\u2019\u00e9criture, cet amant inconditionnel qui l\u2019hypnotise mot apr\u00e8s mot, phrase apr\u00e8s phrase, me laissant \u00e0 bout de souffle. Est-ce ma m\u00e9moire qui me joue de sales tours? En repassant dans les m\u00eames paysages, l\u2019amant est reparu, le temps d\u2019un clin d\u2019\u0153il, si banal, si trivial et si triste comme un ballon d\u00e9gonfl\u00e9 et informe, \u00e0 la limite du laid mais  avec un je ne sais quoi, un sourire, un p\u00e9tillement dans le regard  qui pourrait, \u00e0 la limite, justifier ce fant\u00f4me de ravissement, qui me poursuit, me hante et me fait perdre les sens au point que je n\u2019arrive jamais \u00e0 trouver la sortie de mes r\u00eaves&#8230;\u00a0\u00bb<br><br>Je suis rentr\u00e9e dans mon appartement \u00e9triqu\u00e9 du front de mer doublement groggy. Epuis\u00e9e et perdue, je me suis couch\u00e9e sans manger. J\u2019ai r\u00eav\u00e9 de Roland marchant sur l\u2019eau son carnet \u00e0 la main. Je me suis r\u00e9veill\u00e9e en pleine nuit, tenaill\u00e9e par la faim et l\u2019angoisse. J\u2019ai mang\u00e9 une soupe en sachet et la moiti\u00e9 d\u2019une tablette de chocolat. Un chant m\u2019est parvenu du bord de mer, empreint d\u2019une m\u00e9lancolie dans une langue que j\u2019ai mis du temps \u00e0 reconna\u00eetre. Un fado en portugais. Triste et enlev\u00e9 \u00e0 la fois, cette voix chantait la fin de quelque chose et la promesse d\u2019une joie \u00e0 venir, un amour peut-\u00eatre. Je me suis pench\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre et il m\u2019a sembl\u00e9 que c\u2019\u00e9tait Roland, en tout cas la silhouette lui ressemblait. J\u2019ai dessin\u00e9 cette sc\u00e8ne en clair obscur avec un oc\u00e9an d\u00e9cha\u00een\u00e9 derri\u00e8re. Le carnet \u00e9tait pos\u00e9 sur la table.<br><br>Apr\u00e8s mon caf\u00e9 de trois heures du matin, je me suis d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 regarder mes dessins d\u2019hier apr\u00e8s-midi. Encore des r\u00e9miniscences de Magritte. Tout en nuages, ce bateau restait pourtant immobile. Aucune brise, ni Aliz\u00e9e, ni vent, ni m\u00eame une temp\u00eate n\u2019arrivait \u00e0 la faire avancer. Fier de lui, le bateau admirait son reflet dans l\u2019eau et dans le ciel. Selon la m\u00e9t\u00e9o, il \u00e9tait \u00e0 peine visible comme s\u2019il voulait dispara\u00eetre et pourtant il attendait, il attendait patiemment, il attendait son heure, il attendait le retour, il attendait quelqu\u2019un pour enfin partir au loin vers le monde fantastique auquel il r\u00eavait.<br><br>J\u2019ai ouvert au hasard le carnet de Roland. Il y \u00e9tait question du myst\u00e8re Louis Delgr\u00e8s. \u00ab \u00c0 l&rsquo;Univers entier, Louis Delgr\u00e8s adresse le dernier cri de l&rsquo;innocence et du d\u00e9sespoir. Victimes de quelques individus mal intentionn\u00e9s, une foule de citoyens, toujours fid\u00e8les \u00e0 la patrie, se voit menac\u00e9e de mort. Alors ch\u00e8re post\u00e9rit\u00e9, accorde une larme \u00e0 nos malheurs, et nous mourrons satisfaits ! Vivre libre ou mourir, c\u2019est notre cr\u00e9do. Louis Delgr\u00e8s \u00e9tait soit une id\u00e9aliste fou et beau parleur qui galvanisa son bataillon jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9bellion, soit un chef ombrageux et lunatique en proie \u00e0 de nombreux d\u00e9lires. La rumeur dit que le suicide collectif serait plut\u00f4t d\u00fb \u00e0 une fausse manipulation des explosifs de sa part. Une autre version pr\u00e9tend que Louis Delgr\u00e8s n\u2019est pas mort mais qu\u2019il continue de hanter les terres guadeloup\u00e9ennes et inspirerait r\u00e9bellion et d\u00e9sir d\u2019ind\u00e9pendance aupr\u00e8s de certains. Il serait devenu un soukounyan dont les murmures persuasifs s\u2019entendent \u00e0 cot\u00e9 des Fromagers, ces arbres aux esclaves. \u00bb<br><br>Je ne sais plus \u00e0 quelle heure je me suis rendormie. Mon sommeil a d\u00fb \u00eatre encore tr\u00e8s agit\u00e9 car les draps \u00e9taient en vrac quand la rumeur du march\u00e9 m\u2019a r\u00e9veill\u00e9. Douche, maquillage, robe estivale et cartons \u00e0 dessins sous le bras, je me suis assise \u00e0 mon stand avec juste une heure de retard cette fois. Le brocanteur m\u2019a fait son clin d\u2019oeil habituel. Une fois mes dessins expos\u00e9s, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 grignoter mon croissant et siroter mon caf\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas la foule estivale mais il y avait quand m\u00eame du monde. Je me sentais toute petite face \u00e0 ces inconnus pr\u00eats \u00e0 juger mon travail avec un regard, un haussement de sourcils o\u00f9 un chuchotement acide \u00e0 son voisin. Heureusement qu\u2019il y avait quelques habitu\u00e9s avec qui je pouvais papoter de tout et de rien et mon papi amoureux transis qui prenait le temps d\u2019observer mes nouveaux dessins et faisait des commentaires toujours pertinents souvent sans concession. A chaque fin de saison, je lui offrais un dessin pour accompagner son hiver solitaire. C\u2019est lui le premier qui m\u2019a parl\u00e9 de ce dr\u00f4le de b\u00e2teau \u00e9chou\u00e9 cette nuit. Il para\u00eet que c\u2019est une forme portugaise. Vous devriez y aller avant qu\u2019ils l\u2019enl\u00e8vent, cela ferait un beau sujet pour vos dessins. Il m\u2019a fait la bise en me disant \u00e0 ce soir. C\u2019\u00e9tait notre rituel, l\u2019ap\u00e9ritif du dimanche soir au caf\u00e9 du port, lui un whisky et moi une bi\u00e8re. Le policier qui percevait la redevance du march\u00e9 m\u2019a confirm\u00e9 l\u2019histoire du b\u00e2teau portugais, une forme \u00e9lanc\u00e9e et arrondie pas tr\u00e8s courante. Il a pu me donner plus de pr\u00e9cisions sur l\u2019emplacement. J\u2019irais ce soir apr\u00e8s l\u2019ap\u00e9ritif.<br><br>Roland s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 mon stand. Je l\u2019ai vu arriver de loin et ainsi me pr\u00e9parer \u00e0 cette \u00e9ventualit\u00e9. Il avait l\u2019air tout aussi fatigu\u00e9 que moi. Apr\u00e8s avoir longuement observ\u00e9 les \u201cMagritte\u201d, il a dit sans pr\u00e9caution oratoire et autre forme de commentaire que je savais dessiner la m\u00e9lancolie. Ce qui est tr\u00e8s rare a-t-il ajout\u00e9 avant de s\u2019\u00e9clipser, me laissant frissonnante.<br> <br>Cette phrase \u00e9nigmatique m\u2019a donn\u00e9 envie de feuilleter \u00e0 nouveau son carnet. Pendant une courte pause, j\u2019ai err\u00e9 de pages en pages jusqu\u2019\u00e0 tomber sur ce passage: \u201cEcrire la m\u00e9lancolie, c&rsquo;est compliqu\u00e9. Le sentiment est ind\u00e9finissable, parfois douloureux, parfois agr\u00e9able. Il est beau le mot en portugais. Saudade. Si ambig\u00fce. Je pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9crire une ambiance, laisser s&rsquo;installer la situation en l&rsquo;abordant sous diff\u00e9rents angles. L&rsquo;amour laisse toujours des traces ind\u00e9l\u00e9biles m\u00eame quand il est heureux&#8230; on garde en soi ce sentiment d&rsquo;euphorie douce et d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. La rupture casse et nous laisse \u00e0 part, comme une \u00eele, comme le dit si bien la chanson.\u201d<br><br>En revenant sur mon stand, j\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de ne plus vendre ces dessins \u00e0 la mani\u00e8re de Magritte. Je les ai tout de suite rang\u00e9. Le reste de la journ\u00e9e fut ennuyeux malgr\u00e9 des clients plein d\u2019humour, quelques ventes et la bonne ambiance habituelle avec les stands proches. Le brocanteur m\u2019a d\u2019ailleurs taquiner gentiment dans l\u2019apr\u00e8s-midi en disant que je n\u2019\u00e9tais pas vraiment l\u00e0. De fait, je ne savais plus o\u00f9 j\u2019\u00e9tais.<br><br>Dans la vie, il faut toujours se fier \u00e0 son nuage personnel, celui qui ne vous abandonne jamais m\u00eame dans les pires moments, il vous suffit de lever les yeux vers le ciel et tout de suite sa forme et sa blancheur inimitable vous apaise, ce moelleux feutr\u00e9 vous donne envie d&#8217;embrasser tout le monde autour de vous, son flou changeant appelle ce sourire que personne ne comprend dans un monde carr\u00e9, net et efficace, en quelques instants votre esprit s&rsquo;all\u00e8ge des contingences, de la violence, des mensonges et autres vilenies environnantes, vous flotter en domptant les vents et les tumultes atmosph\u00e9riques, votre nuage personnel s&rsquo;assombrit parfois \u00e0 l&rsquo;approche de nuages belliqueux ou fourbes, quand il pleut vous comprenez que la m\u00e9fiance est de mise et redoubler de vigilance, si l&rsquo;orage vient vous savez qu&rsquo;il est temps de vous enfermer \u00e0 quadruple tour dans votre doux nuage noir, certains vous trouvent versatile, trop sensible \u00e0 la m\u00e9t\u00e9o, pardonnez leur car ils ne connaissent pas les dessous des nuages, si moelleux et si belliqueux.<br><br>J\u2019ai quitt\u00e9 t\u00f4t le march\u00e9 pour rentrer chez moi. M\u2019extraire de tout ce brouhaha dans lequel je ne me sentais pas \u00e0 ma place\u2026 pour pleurer. Je repensais au chant triste entendu cette nuit, \u00e0 mon dernier amour perdu, \u00e0 ces dessins para\u00eet-il m\u00e9lancoliques\u2026 j\u2019ai finis par m\u2019effondrer de fatigue quelques minutes. Je me suis r\u00e9veill\u00e9e d\u2019attaque pour mon rituel ap\u00e9ritif avec Fran\u00e7ois. Nulle doute que son humour d\u00e9capant et sa tendresse vis \u00e0 vis de moi sauront me requinquer un peu.<br><br>Plus aucun souffle de vent. Plus de vacanciers. La mer \u00e9tait plate. Le calme \u00e9tait revenu boulevard de la plage alors que je me dirigeais vers le caf\u00e9. Fran\u00e7ois \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 devant son verre. Je me suis assise face \u00e0 l\u2019oc\u00e9an et le serveur m\u2019a apport\u00e9 ma bi\u00e8re. En gentleman, Fran\u00e7ois a fait mine de ne pas se rendre compte que j\u2019\u00e9tais un peu absente cette fois. Nous avons \u00e9gren\u00e9 nos sujets de conversation habituels jusqu\u2019\u00e0 la fin.<br>&#8211; Je crois que tu ne me dis pas tout <br>&#8211; Quoi? <br>&#8211; Cet air triste et euphorique en m\u00eame temps. Quelque chose te pr\u00e9occupe? Tu ne serais pas tomb\u00e9e amoureuse de quelqu\u2019un d\u2019autre? <br>&#8211; Bien s\u00fbr que non! <br>&#8211; Un dessin \u00e0 finir, un client importun tout \u00e0 l\u2019heure, un homme myst\u00e9rieux crois\u00e9 sur la plage? <br>&#8211; Un r\u00eaveur m\u00e9lancolique qui perd ses effets personnels <br>&#8211; Jeune avec de beaux yeux gris vert <br>&#8211; C\u2019est \u00e7a. C\u2019est bien \u00e7a! <br>&#8211; Je l\u2019ai crois\u00e9 aussi. Il aime le belle litt\u00e9rature. Je peux pas lutter. <br>&#8211; \u2026 <br>&#8211; Il est beau en plus <br>&#8211; Ne vous inqui\u00e9tez pas Fran\u00e7ois. Il est de passage. <br><br>Une m\u00e9m\u00e8re courant apr\u00e8s son chien a fait irruption juste \u00e0 cet instant et nous avons beaucoup ris. J\u2019ai embrass\u00e9 Fran\u00e7ois avant de partir. Il \u00e9tait heureux de ce moment partag\u00e9.<br><br>Apparu le matin, le bateau \u00e9tait pos\u00e9 en plein milieu de la plage. Personne \u00e0 bord. Juste ce nom pr\u00e9monitoire Saudade. Port d&rsquo;attache Aveiro (Portugal), et le num\u00e9ro A-6969-AL. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;un de ses petits bateaux \u00e0 voile portugais avec le proue \u00e9lanc\u00e9e et d\u00e9cor\u00e9e. Le dessin \u00e9lim\u00e9 par la mer repr\u00e9sentait un paysage de montagne avec un troupeau de brebis. Sous les nuages fuyant, ce bateau restait immobile. Telle une \u00e9pave. Comme un premier amour \u00e9chou\u00e9.<br><br>La plage est un espace merveilleux pour marcher et r\u00eaver face \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an et au ciel toujours diff\u00e9rents. Regarder au loin. Imaginer l&rsquo;\u00eele de Java, les rivages de la Floride, l&rsquo;arriv\u00e9e au port d&rsquo;Ath\u00e8nes. Devenir oiseau pour survoler la c\u00f4te et se laisser emporter par le vent. La nuit s&rsquo;asseoir en attendant son rendez-vous. Se dire que peut \u00eatre une histoire va commencer, que la solitude s&rsquo;effacera enfin. R\u00eaver de ce baiser furtif, de marcher main dans la main, de s&rsquo;allonger pour regarder les \u00e9toiles et s&rsquo;endormir enlac\u00e9s. Cet extrait du carnet de Roland r\u00e9sonnait fort en moi, souvenir d\u2019un amour d\u2019\u00e9t\u00e9, d\u2019autres temps, d\u2019autres cieux.<br><br>La t\u00eate ailleurs, j\u2019ai fait plusieurs dessins du bateau, seul au milieu du sable, avec quelques badauds autour, la proue et son paysage, avec la mar\u00e9e montante comme si elle venait le reprendre, avec le soleil couchant et avec, \u00e0 bord, une silhouette de dos.<br><br>J\u2019ai achet\u00e9 un sandwich am\u00e9ricain en rentrant chez moi, avec un suppl\u00e9ment de frites. Le bol\u00e9ro de Ravel en fond sonore, je me suis imagin\u00e9e l\u2019histoire de ce b\u00e2teau. Habit\u00e9 par la tristesse, Jo\u00e2o a fabriqu\u00e9 avec ardeur et planche par planche son bateau-cercueil. Son amour de jeunesse est mort emport\u00e9 par une grande vague et enterr\u00e9e dans l\u2019indiff\u00e9rence. Jo\u00e2o n\u2019a pas pu le supporter. Cette indiff\u00e9rence. Lui le berger tendre qu\u2019elle avait aim\u00e9 contre la meute villageoise. La Saudade, maintenant il sait, il le vit encore plus fort qu\u2019en \u00e9coutant un fadista. Se souvenant des r\u00e9cits de son grand p\u00e8re p\u00eacheur, Jo\u00e2o a construit son bateau, mit de l\u2019audace dans les couleurs et laiss\u00e9 un maigre indice en peignant le d\u00e9cor de la proue. Lui et ses brebis. Une nuit, le vent a emport\u00e9 au large Jo\u00e2o et son bateau. Disparu dans l\u2019indiff\u00e9rence. Lui aussi.<br><br>Je somnole en me disant que cette histoire na\u00efve ne tient d\u00e9cid\u00e9ment pas la route. Vers trois heures du matin, l\u2019air de fado me r\u00e9veille \u00e0 nouveau. Je me l\u00e8ve embrum\u00e9e et je m\u2019approche de la fen\u00eatre. Rester discr\u00e8te. Toujours la m\u00eame forme sur la plage. Regardant la mer. \u201cVuelvo al Sur\u201d parvient jusqu\u2019\u00e0 moi. Je reviens vers le Sud. Je prends rapidement un sweat et je descend pour aller \u00e0 la rencontre du chanteur.<br><br>La ritournelle est lancinante autour de \u201cVuelvo al sur, como se vuelvo a l\u2019amor\u201d. Roland est l\u00e0. Je m\u2019assoie \u00e0 proximit\u00e9. Il commence un autre chant triste fa\u00e7on fado. Sa guitare entre en action. Au bout d\u2019un moment, je pleure \u00e0 chaudes larmes. Roland chante son fado sans se troubler. J\u2019ai vu quelques larmes sur son visage. Souvenir d\u2019un long s\u00e9jour au Portugal qui m\u2019a donn\u00e9 envie d\u2019apprendre \u00e0 jouer et \u00e0 chanter. Pas facile \u00e0 apprendre le portugais. Son phras\u00e9 chuintant colle si bien \u00e0 la m\u00e9lancolie du fado. Il a dit tout cela tr\u00e8s vite comme s\u2019il avait peur des blancs. Et puis, il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 tout aussi brusquement. Son visage immobile face \u00e0 la mer, ses yeux regardant de temps en temps vers moi. Le l\u00e9ger ressac de l\u2019oc\u00e9an nous a accompagn\u00e9 un petit moment.<br><br>En regardant le ciel, je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 parler. <a href=\"http:\/\/Annick Nay, proposition 3 http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article411\">\u201c<\/a><em><a href=\"http:\/\/Annick Nay, proposition 3 http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article411\">Parfois, je volais, tel Icare, dans des r\u00eaves \u00e9veill\u00e9s, je traversais des heures enti\u00e8res, l\u2019immensit\u00e9 des cieux d\u00e9ploy\u00e9s sous une vo\u00fbte c\u00e9leste, o\u00f9 chaque point lumineux, chaque \u00e9toile me ramenaient aux images de ma m\u00e9moire, des n\u00e9gatifs voil\u00e9s par la lumi\u00e8re. Je comprenais mieux certaines choses que j\u2019avais dites \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 M. ou que j\u2019avais faites, et j\u2019entrevoyais douloureusement \u00e0 quel point j\u2019avais pu rendre les choses floues, impr\u00e9cises, sans relief, invivables.<\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/Annick Nay, proposition 3 http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article411\"> <\/a><em><a href=\"http:\/\/Annick Nay, proposition 3 http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article411\">Parfois, dans mes r\u00eaves lumineux, qui se jouaient du temps, j\u2019entrevoyais, p\u00e9niblement, les esquisses des n\u00e9gatifs voil\u00e9s, comme les \u00e9nigmes de ma m\u00e9moire, les esquives du r\u00eaveur que j\u2019\u00e9tais. <\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><a href=\"http:\/\/Annick Nay, proposition 3 http:\/\/www.tierslivre.net\/revue\/spip.php?article411\">Parfois je fuyais le sommeil et ses r\u00eaves et examinait avec soin tous les d\u00e9tails qui se pr\u00e9sentaient, les ombres port\u00e9es, les textures irr\u00e9guli\u00e8res, les \u00e9paisseurs suppos\u00e9es, les couleurs fan\u00e9es, les silhouettes esquiss\u00e9es, les mouvements furtifs, les d\u00e9cors imag\u00e9s, je disparaissais dans un labyrinthe de miroirs.\u00a0\u00bb<\/a><\/em><br><br>Parfois, je me r\u00e9veillais le souffle court et les muscles crisp\u00e9s, mes r\u00eaves fatiguant refusaient de s&rsquo;enfuir, les peurs, les courses effr\u00e9n\u00e9es, le noir envahissants subrepticement mon horizon, les d\u00e9cors gorg\u00e9s de monstres, ce sentiment intense que la fuite \u00e9tait inutile, d\u00e9finitivement vaine, ma vie n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;un dr\u00f4le d&rsquo;\u00e9quilibre entre le r\u00eave et les \u00e9toiles, je ne savais plus o\u00f9 aller, tous ces chemins esquiss\u00e9s qui n&rsquo;aboutissent \u00e0 rien, tous ces d\u00e9lires heureux qui finissent en queue de poisson, toutes ces passions cherchant une porte de sortie, tout ce bouillonnement inutile, \u00e9touffant sentiment de solitude.<br><br>Roland a pench\u00e9 la t\u00eate vers moi et m\u2019a laiss\u00e9 reprendre mon souffle. De mani\u00e8re totalement inattendu il est venu me serrer dans ses bras. Roland l\u2019a fait avec maladresse, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 l\u2019aise avec son corps. Un geste tendre. Vous devriez \u00e9crire aussi, vos phrases sont belles. Puis il est parti. En le suivant du regard, je l\u2019ai vu s\u2019arr\u00eater quelques instants, sortir un autre carnet et prendre des notes. Il m\u2019a fait un petit signe de la main avant de dispara\u00eetre.<br><br>J\u2019ai divagu\u00e9 sur la plage jusqu\u2019au petit matin en repensant aux phrases que j\u2019avais prononc\u00e9es, cette histoire dite \u00e0 un inconnu, ce pass\u00e9 avec lequel j\u2019avais eu besoin de prendre des distances. Enfin. Ce bateau portugais, encore l\u00e0, jouait bien son r\u00f4le de d\u00e9clencheur pour celles qui \u00e9taient pr\u00eates. J\u2019ai pass\u00e9 ma main sur sa proue, comme pour l\u2019apaiser, lui dire que ce n\u2019\u00e9tait pas si grave, qu\u2019il allait repartir sur les flots. Dans quelques temps.<br><br>Chancelante, je me suis assise pour prendre un solide petit d\u00e9jeuner au caf\u00e9 de la plage. J\u2019ai fait la totale, oeufs, bacon, tartines, fromage blanc, fruits\u2026 Le patron \u00e9tait perplexe. J\u2019ai ris int\u00e9rieurement. J\u2019aurais besoin de quelques heures de sommeil pour repartir sur le sable dessiner.<br><br>J\u2019ai dormi 8 heures d\u2019une seule traite avec l\u2019impression de faire le m\u00eame r\u00eave en boucle. Ce vent, ent\u00eatant, enivrant et joyeux comme l\u2019\u00e9cume des vagues. Marcher longuement sans se fatiguer dans ce d\u00e9cor presque immobile -le sable bouge, la dune se recompose sans cesse au loin, les vagues vont et viennent donnant du rythme \u00e0 mes pens\u00e9es, je suis assise pour dessiner, surprise par ce couple au loin, ils s\u2019embrassent furtivement comme s\u2019ils avaient peur de leur amour, le bateau portugais leur fait pourtant un bel \u00e9crin, l\u2019homme seul se met \u00e0 chantonner en espagnol, un air qui ne m\u2019est pas inconnu. Dr\u00f4le de dessin fait de sable et de larmes.<br><br>Rafra\u00eechie et pimpante dans une robe color\u00e9e, je m\u2019assoie sur le banc le plus proche de mon appartement pour me d\u00e9gourdir les doigts. Je fais mes gammes comme dirait mon professeur. Je dessine machinalement la plage et l\u2019oc\u00e9an, puis le front de mer avec quelques passants, la visage de mon papi Fran\u00e7ois et pour finir la villa la plus proche.<br><br>On peut vous commander son portrait a l\u00e2ch\u00e9 Roland sans que je l\u2019ai vu arriver. J\u2019ai sursaut\u00e9. Excusez-moi. Il s\u2019est assis sur le banc d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9. Gardant ses distances. Apr\u00e8s deux ou trois minutes de r\u00e9flexion, j\u2019ai donn\u00e9 mes deux conditions: je choisis le lieu et c\u2019est un portrait en couleur. Si vous n\u2019\u00eates pas satisfait, vous ne prenez pas le dessin mais vous ne payez rien. Il m\u2019a tendu la main. March\u00e9 conclu a-t-il r\u00e9pondu sans la moindre h\u00e9sitation.<br><br>Pri\u00e8re souriante au ciel, j\u2019ai bu le nuage qui passait. Il avait le go\u00fbt du risque et du merveilleux. Personne ne savait o\u00f9 il allait mais l\u2019espace d\u2019un instant vous pouviez croire que quelque chose de fantastique allait survenir sans pr\u00e9venir.<br><br>Nous sommes all\u00e9s pr\u00e8s du bateau portugais. Je l\u2019ai fait s\u2019asseoir dans le sable juste sous la proue. Une position pr\u00e9cise \u00e0 tenir. Avec une rapidit\u00e9 inhabituelle, j\u2019ai ex\u00e9cut\u00e9 le portrait d\u2019un Roland m\u00e9lancolique tr\u00e8s peu de couleurs sur son visage telle une apparition sur le bleu p\u00e9tant du bateau. J\u2019ai ajout\u00e9 un visage f\u00e9minin dans le d\u00e9cor champ\u00eatre de la proue. Le ciel \u00e9tait d\u00e9lav\u00e9 plein de nuages blancs. La mer calme. J\u2019ai attendu une bonne minute apr\u00e8s avoir pos\u00e9 mon crayon avant de faire signe \u00e0 Roland de venir voir. Son visage soudain d\u00e9tendu, &#8211; on pourrait dire joyeux, fut ma plus belle r\u00e9compense.<br><br>Nous avons pris un caf\u00e9 puis l\u2019ap\u00e9ritif juste en regardant l\u2019oc\u00e9an s\u2019\u00e9veiller peu \u00e0 peu. Le vent se levait. Quelques banalit\u00e9s. Il m\u2019a fait un ch\u00e8que pour le portrait. Je dois encore finir quelques traits et mettre un fixatif. Demain matin sur la plage? Il a acquiesc\u00e9.<br><br>J\u2019ai mang\u00e9 sur le pouce avant de rentrer chez moi finir le dessin tant que tout \u00e9tait encore bien frais dans ma t\u00eate. Je vais lui rendre son carnet en m\u00eame temps. Une derni\u00e8re page au hasard. \u201cJe m&rsquo;installe dans la v\u00e9randa, un livre de po\u00e9sie et ma tablette. Derri\u00e8re les lamelles du store, le jardin change un peu au fil des saisons. De l\u00e0 o\u00f9 je suis, je vois surtout le gazon, la haie et le petit cabanon en bois. Je lis quelques vers de po\u00e9sie, un recueil achet\u00e9 ou emprunt\u00e9 \u00e0 la biblioth\u00e8que. 10, 15 ou 20 textes. Parfois une petite tasse de caf\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9. La lumi\u00e8re douce dans la v\u00e9randa fait un cocon nuageux et silencieux. J&rsquo;ouvre mon appli d\u00e9di\u00e9e aux notes et je commence par \u00e9crire \u00e0 partir d&rsquo;un mot glan\u00e9 dans ma lecture du jour un po\u00e8me. Je regarde le ciel en attendant les associations d&rsquo;id\u00e9e. Certaines fois, je suis devant le grand \u00e9cran de mon ordinateur avec un mur blanc et un tableau o\u00f9 autour d&rsquo;une silhouette \u00e0 peine esquiss\u00e9e surgit une citation \u00ab\u00a0le po\u00e8te \u00e9perdu&#8230;\u00a0\u00bb, sur la droite c&rsquo;est la rue principale du lotissement que je surplombe du premier \u00e9tage.<em>\u201d<\/em><br><br>Je ne sortirais pas avant demain. De nouvelles images virevoltent dans un coin de ma t\u00eate. Je m\u2019assoie \u00e0 la table face au mur blanch\u00e2tre de l\u2019appartement et je sors toutes mes armes. Une f\u00eate foraine o\u00f9 j\u2019accentue le mouvement des man\u00e8ges. Un bal d\u2019\u00e9t\u00e9 o\u00f9 je d\u00e9taille les habits de soir\u00e9e, les flonflons, les instruments de musique et les \u00e9changes de regards. Un march\u00e9 printanier envahi par la foule avec tous les marchands possibles et imaginables, du r\u00e9mouleur bourru au vendeur de l\u00e9gumes en passant par la grand-m\u00e8re qui vend ses petits cab\u00e9cous, l\u2019antillais et ses sacs \u00e0 main, la grande italienne et ses v\u00eatements color\u00e9s, l\u2019\u00e9rudit local avec ses livres d\u2019histoires, la vendeuse de savon o\u00f9 les multiples \u00e9talages de bijoux sans oublier le peintre du dimanche au milieu de tout cela.<br><br>Couch\u00e9e tard, mes r\u00eaves furent habit\u00e9s par ces couleurs. Je me suis rendue apais\u00e9e \u00e0 notre rendez-vous. Roland lisait Georges Perec cette fois. Je me suis assise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui en lui tendant son carnet. C\u2019est \u00e0 vous! Il a sursaut\u00e9\u2026 s\u2019en est saisi rapidement pour l\u2019ouvrir. Puis sans un mot, il l\u2019a pos\u00e9 sur son livre. Son c\u2019est pr\u00eat a sonn\u00e9 comme une impatience. Etait-il bless\u00e9. J\u2019ai ouvert mon carton \u00e0 dessin pour lui tendre. Roland a marqu\u00e9 un temps de surprise en voyant mes dessins d\u2019hier. Un sourire aussi. Il s\u2019est lev\u00e9 pour partir.<br><br>Dans ce temps d\u2019h\u00e9sitation que sont les adieux, il m\u2019a saisi par une nouvelle sentence. Plus amoureuse du pass\u00e9 \u00e0 ce que je vois. Je crois bien dis-je en me levant. A mon tour de le surprendre par deux belles bises sonores sur ses joues avant de m\u2019en aller<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"http:\/\/www.tierslivre.net\/spip\/spip.php?article4787\">Nouvelle \u00e9labor\u00e9e \u00e0 partir des propositions successives de l&rsquo;atelier d&rsquo;hiver 2018-2019 de Fran\u00e7ois Bon<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chanson de Roland (version 1) Je l&rsquo;ai crois\u00e9 plusieurs fois sur la plage. Lorsqu&rsquo;il marchait en regardant l&rsquo;horizon, Roland avait tour \u00e0 tour l&rsquo;air r\u00eaveur, pensif et parfois triste. La premi\u00e8re fois que je l&rsquo;ai dessin\u00e9, c&rsquo;\u00e9tait en cachette, il \u00e9tait assis sur un banc face \u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an et il lisait M. Duras, \u00ab\u00a0Le &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"http:\/\/www.xaviergalaup.net\/tikopia\/2019\/05\/la-chanson-de-roland-atelier-nouvelle-f-bon-proposition-10\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;La chanson de Roland (atelier nouvelle F. 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