L’élu, le décideur et la bibliothécaire sont des femmes comme les autres

Les élections municipales sont derrière nous et les bureaux des intercommunalités ont été constitués. Force est de constater qu’il y a eu cette année beaucoup de renouvellement du coté des élus. Certains d’entre vous se retrouvent face à une nouvelle équipe ou à une équipe recomposée qui ne connaît pas forcément bien la bibliothèque et ses enjeux. Vous allez donc devoir faire oeuvre de pédagogie et apprivoiser les nouveaux édiles. Ils ne sont d’ailleurs eux-même pas toujours très à l’aise.

Je ne peux que vous recommander le numéro Bibliothèque(s) consacré aux relations entre Bibliothécaires et décideurs (décembre 2013, pdf du sommaire), à lire ou relire. Le texte ci-dessous a été publié dans ce numéro et fait une petite synthèse de son contenu.

L’élu, le décideur et la bibliothécaire sont des femmes comme les autres

Et si nous bibliothécaires quittions définitivement notre posture de Caliméro : élus, décideurs, publics,… personne ne m’aime et c’est trop injuste car je fais un métier génial et tellement important. Certes notre métier est mal connu et nous avons dû défendre, tel le chevalier blanc, la technicité de notre métier et la complexité à organiser ou gérer une bibliothèque. C’était probablement nécessaire à un moment donné pour « rendre visible l’invisible » comme le dit très bien Dominique Lahary. Mais aujourd’hui ce n’est plus tenable et nous voyons très bien que les lignes bougent en lisant les différents articles de ce dossier. Ainsi la décentralisation a permis aux collectivités locales de s’emparer des certaines compétences comme la Lecture Publique. La LRU engage plus qu’avant le directeur du SCD à expliquer et négocier son budget vis à vis de la présidence et de la direction générale de l’université. A Saint-Jean-De-Braye, une bibliothèque connaît un creux et doit reprendre son destin en main en prenant en compte les points de vue de l’élu et de la direction général. Dans les Yvelines, la création d’un réseau se fait sous l’impulsion des professionnels qui arrivent à convaincre petit à petit les élus. A Anzin, la mise en œuvre d’un projet de service demande à la médiathèque de faire preuve de pédagogie sur ses missions mais aussi de s’approprier la notion de transversalité dans son contexte.

A l’opposé des exemples presque trop beaux de ce dossier, vous avez certainement en tête des projets contrariés, retardés ou annulés. En même temps la bibliothèque n’est pas le centre de la politique de la collectivité ou de l’université dans laquelle vous travaillez. Les élus et les décideurs sont des femmes comme les autres, ils doivent jongler avec de nombreux paramètres dont la bibliothèque fait partie mais n’est pas forcément leur tasse de thé ou leur priorité du moment. De toute façon, aucune politique publique ne va de soi surtout en ces temps de crise financière où chaque euro est censé être utile. Regardons autour de nous en Europe où des villes n’ont pas hésité à réduire les services ou à fermer purement et simplement la bibliothèque.

Tout comme nous nous efforçons de plus en plus à entrer dans l’univers quotidien des citoyens grâce à des campagnes de communication, à l’action culturelle, à notre participation aux projets éducatifs de nos collectivités, à notre présence en ligne, il est urgent et vital d’entrer davantage dans l’univers des décideurs et des élus. L’enjeu est non seulement de se rendre intelligible pour eux mais aussi de prendre notre part et de s’intégrer à l’ensemble des enjeux ou des politiques qu’ils portent. Nous ne pouvons pas d’un coté nous plaindre que la bibliothèque est marginalisée et de l’autre rester bien isolé dans notre tour d’ivoire.

Ne faisons pas d’angélisme, il y a des élus qui se moquent de la lecture publique et des décideurs qui ne verront que les charges représentées par les équipements culturels. Dans tous les cas, il conviendra de toujours remettre sur le métier nos arguments sur le rôle de la bibliothèque au-delà du champs culturel, sa participation à l’éducation de tous et à la cohésion sociale.

Ma vie avec les décideurs et les élus : mode d’emploi

Il y a un premier paradoxe à prendre en compte dans notre vie avec les décideurs. Comme le dit si bien N. Larderet, nous devons nous garder d’un excès de personnalisation : ma bibliothèque, mon équipe, mes lecteurs, mon DG, mes élus,… Cependant comme la très grande majorité des activités humaines, ce qui compte, ce qui donne la motivation, ce qui permet d’influer ou de faire fonctionner les structures, ce sont les relations humaines. Et c’est bien la qualité de la relation humaine qui permettra, peu ou prou, la prise en compte de la bibliothèque. Même si le coup de foudre est possible ou si les atomes crochus sont évidents, cette relation humaine avec les décideurs se travaille au jour le jour dans l’implication que le bibliothécaire aura vis à vis des autres membres du trio.

Les écueils sont nombreux : une proximité trop forte avec l’élu à la Culture qui se prend pour le Directeur des Affaires Culturelles (DAC), un élu plein de préjugés et inaccessible, un DAC ou un Directeur Général autoritaire qui fait barrage à toutes vos demandes,… Et surtout un espace-temps très différent, comme le fait remarquer Dominique Lahary, notamment le calendrier électoral pas toujours en phase avec les projets que nous portons au nom des bienfaits de la lecture publique… Les deux ont certainement raison mais c’est à nous de saisir les occasions pour entrer dans l’espace temps de l’élu ou du décideur sans s’interdire bien sûr de faire infléchir ou de mettre son grain de sel à la commande politique.

L’arrivée du numérique ou la bibliothèque 3ème lieu font partie de nos préoccupations pour l’avenir des bibliothèques dont nous avons la charge. Partageons-nous ces inquiétudes avec les élus et les décideurs pour montrer non seulement que les bibliothèques bougent mais aussi pour, dans la relation, construire avec eux des solutions ? Plutôt que l’illusoire sécurité d’une tour d’ivoire, rendons des comptes et échangeons nos points de vue pour se comprendre et trouver le chemin à parcourir vers l’avenir de la bibliothèque en fonction des enjeux de chacun.

Dans la mesure où les frontières entre les rôles de chacun sont très poreuses, le fonctionnaire expert propose et l’élu décide, il convient d’être agile et souple dans cet environnement tout en ayant toujours conscience de cette situation d’équilibriste et en restant vigilant sur la phase de prise de décision qui revient forcément aux décideurs.

Potion anti-Caliméro (peut être consommée sans modération):

  • quitter sa tour d’ivoire et sa carapace de spécialiste de la bibliothéconomie

  • tisser des relations de confiance avec les décideurs en évaluant son activité, en rendant compte et en jouant son rôle d’expert force de proposition dans son domaine

  • être attentif aux enjeux de sa collectivité pour s’y inscrire et participer à chaque fois que c’est possible à ses autres politiques. Et quand l’occasion de présente, être soi-même tête de file d’une politique transversale comme à la BU d’Angers autour des archives ouvertes ou d’un pôle audiovisuel.

  • se rendre visible et utile aux autres services de la collectivité.

La bibliothèque n’appartient pas aux bibliothécaires ni aux décideurs mais bien à la collectivité dans laquelle elle s’inscrit. Le beau modèle bibliothéconomique de la bibliothèque encyclopédique s’adressant à un public virtuel n’a plus de sens. Plus que jamais la bibliothèque devra être une savante alchimie issue du contexte et du dialogue entre élus, décideurs, bibliothécaires et usagers.

2 pensées sur “L’élu, le décideur et la bibliothécaire sont des femmes comme les autres”

  1. Merci pour ce billet très stimulant. Je suis juste un peu gênée par la citation en exemple de la BU d’Angers à propos des archives ouvertes : leur archive est en projet et sera ouverte dans quelques mois. Il y’a des tas d’autres établissements en France qui ont ouvert leur archive depuis des mois, voire des années et qui du coup mènent depuis longtemps la politique transversale dont vous parlez.
    Je sais que la BU d’Angers brille de mille feux, attention à ce que cela ne cache pas les autres bibliothèques, et non non, il n’y a là aucun « calimérisme » de ma part 😉

    1. Merci pour votre retour.

      En fait la mention à la BU d’Angers provient du fait qu’Olivier Tacheau était interviewé dans la revue et qu’il parlait de ces archives ouvertes… Mon article était une synthèse de tous les articles du dossier Bibliothécaires – Décideurs.

      N’y voyez donc pas de primauté vis à vis d’Angers et d’offense pour toutes les initiatives autour des archives ouvertes dans d’autres BU.

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