Printemps des poètes, Aimé Césaire

Voici un texte d’Aimé Césaire, un autre poète que j’apprécie beaucoup.

faveur

je croise mon squelette
qu’une faveur de fourmis manians porte à sa demeure
(tronc de baobab ou contrefort de fromager)
il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole
elle s’est blottie au coeur d’un nid de lianes
noyau ardent d’un hérison végétal
c’est que je l’ai instruite depuis longtemps
à jouer avec le feu entre les feux
et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée
à une quelconque des lointaines ramifications du soleil
soleil sommeil
quand j’entendrai les premières caravanes de la sève
passer
peinant vers les printemps
être dispos encore

vers un retard d’îles éteintes et d’assoupis volcans.

Poème extrait du recueil Moi, laminaire… (Edition du Seuil)

Printemps des poètes, Lionel Ray

Je profite du Printemps des poètes pour vous faire découvrir l’un ou l’autre auteur que j’apprécie particulièrement. Je commence avec Lionel Ray dont la majorité des ouvrages sont édités chez Gallimard.

Seconde après seconde le soleil
entre dans la chambre, il est venu
dans la proche montagne, a traversé
l’écroulement silencieux des nuages

Puis l’haleine de la clarté toucha
les toits et les vitres, et de mouvantes
géométries sont apparues sur la table
et le papier, cheminant entre les doigts,

Entre les mots, dans les zones indécises
du silence, et tu te demandais
si cela qui vibre sur la page était

Du temps, un temps très ancien,
visiteur furtif qui approche à pas feutrés
puis disparaît sans écho.

dernier poème du recueil Syllabes du sable (Gallimard, 1996)