Streaming musical des bibliothèques en Alsace

Notes de musique lumineuses sur fond noir
Music Note Bokeh (photo sous licence CC. By-nc-pa All that improbable Blue http://www.flickr.com/photos/allthatimprobableblue/)

Voici un an que UMMA (Univers Musical des Médiathèques Alsaciennes), l’expérimentation du streaming musical en bibliothèques commençait en Alsace. Voir ici et ici les billets précédents pour suivre le déroulement. Les deux BDP du Bas-Rhin et Haut-Rhin ouvraient en mai 2010 leur sous-domaine musicMe. Nous menons pendant ce mois de juin une enquête qualitative auprès de 650 inscrits au service sur les deux plateformes. Cela fera l’objet d’un prochain billet dès que celle-ci sera dépouillée.

La BM de Mulhouse a ouvert en mars 2011 son sous-domaine et dépassait début mai les 140 inscrits. Les Médiathèques de la Communauté Urbaine de Strasbourg devraient ouvrir leur site de streaming d’ici septembre au plus tard.

Comme je l’annonçais dans un précédent article l’expérience est très positive non seulement en terme de nombre d’inscrits mais de l’utilisation des sous-domaines par les usagers. Sur 45 000 écoutes de mai à décembre 2010; le nombre d’écoutes intégrales de morceaux est à peine supérieur au nombre d’écoute des radios programmés par les bibliothécaires musicaux. Ce qui prouve que quand on s’investit dans la médiation documentaire numérique l’internaute répond présent. En effet l’écoute de radios est d’autant plus forte qu’on les renouvelle très régulièrement comme sur mediason67 avec une radio commune et une radio par bibliothèques chaque mois.

Selon les analyses de musicMe, les inscrits dans sous-domaine de bibliothèques restent plus longtemps à écouter de la musique que sur leur propre site tout public. Continuer la lecture de « Streaming musical des bibliothèques en Alsace »

Manifeste: la musique a toute sa place en bibliothèque

L’ACIM (Association pour la Coopération des professionnels de l’Information Musicale) publie un texte rappelant les enjeux de la musique en bibliothèque. Celui-ci est reproduit sur différents blogs du groupe Bibliothèques Hybrides de l’ABF:

Musique et mémoire (avec l'aimable autorisation de l'auteur du collage http://isartpostal.aminus3.com/image/2009-12-07.html)

Le défunt Conseil Supérieur des Bibliothèques avait constaté dans ses différents rapports que la place de la musique était encore insuffisante dans les bibliothèques. Alors même que cette situation perdure globalement, la musique en bibliothèque est aujourd’hui fragilisée par la baisse des prêts, le développement de l’écoute et du téléchargement en ligne. C’est ainsi que plusieurs nouvelles médiathèques ont ouvert récemment sans présenter la totalité de la documentation musicale (livres, partitions, dvd et disques compacts) voire sans musique.

Ce choix nous semble une grave erreur car l’offre musicale en bibliothèque ne saurait se résumer à une borne de téléchargement ou à une ressource en ligne. Si la place du support CD pourrait être amenée à se réduire à moyen terme, sa présence reste pour l’instant la meilleure manière de matérialiser dans nos locaux une offre musicale hybride, c’est à dire mélangeant collections physiques et collections dématérialisées.

Renoncer à la musique en bibliothèque reviendrait à l’abandonner aux acteurs du secteur marchand qui n’ont pas le souci de la diversité et de la pérennité des œuvres musicales. Tout n’est pas sur le net et tout n’y est pas visible. Malgré son apparente abondance (plus de 7 à 8 millions de titres annoncés sur des plateformes de streaming), l’offre de musique en ligne reste lacunaire dès lors que l’on sort des musiques de consommation courante.

La musique représente une pratique culturelle majeure dans nos sociétés au même titre que la littérature ou le cinéma. Or les pratiques culturelles ne sont pas étanches. Renoncer à la musique en bibliothèque risquerait aussi, en supprimant des passerelles entre elles, de remettre en cause, pour un public éclectique, l’intérêt pour les collections de littérature et de cinéma.

Rappelons à ce propos l’article 7 de la Charte des bibliothèques qui stipule que : « Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives, chacune à son niveau ou dans sa spécialité, de l’ensemble des connaissances, des courants d’opinion et des productions éditoriales. »

Enfin il nous semble important que les médiathèques continuent de jouer un rôle prépondérant dans le développement de la culture musicale à l’aide d’une offre documentaire large mais aussi de concerts et d’animations sous quelque forme que ce soit (conférences, ateliers de créations musicales, etc.). Dans certains territoires, la médiathèque est le seul point d’accès non marchand à la musique.

En accompagnant ces nouvelles pratiques, les bibliothèques ont un rôle important à jouer dans le domaine de l’éducation et la culture musicale du public, notamment pour les nouvelles générations.

A diffuser et débattre largement.

Les mutations vécues par la musique tant dans sa production que dans sa diffusion via internet concernant maintenant l’ensemble des secteurs documentaires en bibliothèque. Plutôt que de céder à la tentation de faire disparaître la musique en bibliothèque, réfléchissons ensemble pour inventer la médiathèque de demain.

Quelques échos hors de la sphère des bibliothèques sur le site PC Inpact (Merci à Nil Sanyas):

Vers la fin de la musique dans les bibliothèques ?

« la place du CD est remise en cause » en médiathèque

Micro-animations pour une bibliothèque troisième lieu

A l’initiative de son nouveau responsable musique, la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin a lancé une série d’animations originale: les micros tournées musicales. Un musicien accompagne une tournée de bibliobus, s’imprègne de l’ambiance, interagit avec les usagers et joue de la musique. La micro tournée se termine par un petit concert devant le bibliobus lors du dernier stationnement de la journée.

Voici la présentation du premier opus:

«Thomas Joseph, auteur, compositeur, embarque dans votre médiabus.
Il s’y installe, en fait son studio mobile, son atelier ouvert. Il propose ses derniers coups de coeur littéraires et musicaux et, de village en village, jette un regard neuf sur ce petit voyage banal, ce « road movie » de série B.
En plus de ses instruments et outils personnels nous mettons à sa disposition des enregistreurs d’images et de sons. Le matériel collecté rendra compte de ce voyage… pas si banal que ça.Rencontre dans le bus tout au long de la tournée du 26 mai
Concert gratuit à la station de Leymen (école) à 18h00 !

 

Thomas Joseph enregistre pendant la micro-tournée

* Présentation de Thomas Joseph :
Musique pour grands espaces urbains avec ukulele et piano en sourdine.
La tête dans un vieux poste de télévision : c’est comme ça que Thomas Joseph, alias T, entamait ses premiers concerts. C’était l’époque du label Vergo avec ses enregistreurs 4 pistes à cassettes, ses pochettes cartons faites à la main et ses photos numériques pixellisées. On en retiendra B-Category Film et son atmosphère minimaliste envoûtante, un concept album Lo-Fi qui fera date.
Avec T., album éponyme, plus de télé, Thomas se dévoile. C’est la première production du label Herzfeld. Fini le bricolage, un son plus généreux avec plus d’espace, plus de stéréo et le parti pris de faire danser les gens. L’album se vend bien et les rares apparitions du musicien sont des moments étonnants de connivence avec le public.
Retour à l’épure avec Bau, son piano et ses délicats arrangements de cordes, l’album de la maturité.
Depuis, il fait de la musique pour les grands espaces urbains avec un piano en sourdine, une petite guitare américaine et ce petit rien de sensibilité supplémentaire propre aux guitaristes gauchers.»


Et voici le montage sonore de l’enregistrement de cette première micro-tournée musicale:
Micro tournée #1 : Thomas Joseph by md68

Si je parle de cette action c’est qu’il me paraît facile à transposer dans des bibliothèques fixes et qu’il est à mon avis exemplaire d’une démarche de bibliothèque comme 3ème lieu. Pour que les usagers continuent à avoir envie de venir, il faut avoir des collections attractives mais aussi les surprendre. Le passage dans une bibliothèque doit devenir une expérience forte.

Outre la musique, d’autres micro-résidences d’artistes peuvent tout à fait être proposées en médiathèque. Il faut que celles-ci aient un caractère spectaculaire pour susciter la surprise et l’interaction avec les usagers. Un auteur écrivant en solitaire ne suffit pas. En revanche s’il écrit sur un ordinateur et que son travail est projeté sur un grand écran c’est autre chose. Dessiner une BD pendant une journée, une création vidéo ou tout autre création plastique fonctionneraient tout aussi bien que la musique.

Ce que je trouve particulièrement pertinent dans ce type d’action c’est leur dimension participative et interactive. Nous dépassons l’animation où l’usager n’est qu’un simple spectateur. Rendons la culture en bibliothèque plus vivante!

Ces micro-projets simples et peu coûteux peuvent avoir des multiples ramifications: lors de la tournée de bibliobus le musicien peut rencontrer une classe, des musiciens amateurs, un autre artiste, sortir du bibliobus pour investir d’autres lieux,…

Qu’en dites-vous? D’autres exemples de micro-projets de ce type? D’autres idées?