Les bibliothèques musicales producteurs?

Voici une nouvelle contribution pour les rencontres nationales 2008 des bibliothécaires musicaux: les bibliothèques musicales ne devraient-elles pas s’inscrire dans le mouvement de site comme MyMajorCompagny , Spidart et autre Beproducer, en produisant ou contribuant à produire des albums?

Au-delà de la médiation des musiques via des sélections d’albums existants ou grâce aux coups de coeur, les bibliothécaires musicaux se positionneraient encore plus comme des auditeurs avisés en choisissant des artistes à produire. C’est aussi manière de se faire connaître en participant à ces réseaux sociaux de production hors labels établis. Nous pourrions participer à la promotion de ces artistes qui, en échange de la contribution financière, nous fourniraient plusieurs exemplaires de leur album et viendraient faire des concerts dans nos médiathèques…

Cela nous permet d’accéder plus facilement à cette forme de production d’albums pas toujours dans le commerce. Il reste à trouver la case comptable dans laquelle les collectivités pourraient payer cette production. Dans des Conseils Généraux, il y a en ce moment un intérêt pour les musiques actuelles, ce pourrait être le moyen de trouver des financements grâce à des partenariats en interne.

Prêt(e)s à se lancer dans la production?

Numériser et mettre à disposition en ligne les collections musicales des bibliothèques

Ne pouvant être présent aux rencontres nationales 2008 des bibliothécaires musicaux à Toulouse, je fais une ou deux contributions complémentaires aux réflexions déjà copieuses du programme.

Cela fait quelques temps que j’ai découvert un logiciel libre, Ampache, qui permet de déposer sa collection de fichiers musicaux sur un serveur web afin de pouvoir l’écouter de n’importe où dès que l’on a un accès web. Dans le cadre de la législation actuelle, ce logiciel est réservé à un usage privatif via un accès sécurisé. Mais il me semble tout à fait adapté à la mise en place d’une numérisation collaborative et la mise à disposition en ligne des collections de disques.

J’imagine le processus en 2 phases. La première phase consisterait à numériser de manière collaborative, c’est à dire en se partageant les fonds à numériser (pochette comprise), soit via une déclaration (je numérise tout Johnny Halliday ou tout Occora Radio France), soit via une répartition plus formelle à définir lors d’une réunion de concertation. A cette étape, on peut numériser à l’aide d’un format assurant, en l’état actuel de nos connaissances la pérennité du fichier.

La seconde phase consisterait à mettre en ligne sur un serveur partagé ces collections sous un format MP3 ou MP4 (compression à définir) et sans DRM. Ce qui permettrait d’avoir une banque sonore conséquente afin d’alimenter le streaming et les offres de téléchargement à construire. L’idéal serait que ces ressources partagées soient ensuite disponible sous forme de webservices à intégrer dans nos catalogues ou nos portails documentaires. Sur cette partie, il y aurait du développement à faire sur Ampache mais cela serait peut-être un moyen de ne plus dépendre d’autres webservices (suivez mon regard c’est américain et cela commence par A…)

Je ne méconnais pas les problèmes de droit qui restent à régler soit grâce à un lobbying visant à faire évoluer la loi vers un compromis entre une juste rémunération des auteurs et le budget des collectivités soit via une jurisprudence sur des bibliothèques où élus et bibliothécaires ont mis en place des services numériques musicaux malgré les risques juridiques.

L’inventivité et le foisonnement d’initiative dans le monde du logiciel libre ou du web 2.0 montre une fois de plus que ce n’est plus un problème d’outils mais de volonté de notre part à faire évoluer les mises en valeur de nos collections. Il y a aussi un peu une question de moyen mais le partage du coût de l’hébergement, du développement et de la maintenance d’une telle plate-formes rendra le coût très vite abordable pour chaque structure.

Qu’en pensez-vous?

Portail des bibliothèques du Haut-Rhin

J’ai le plaisir de vous présenter Calice68 (Catalogue en LIgne CEntralisé des médiathèques du Haut-Rhin), le portail des bibliothèques du Haut-Rhin. Celui-ci est le fruit d’une collaboration fructueuse entre les bibliothèques pionnières, la Direction des Systèmes d’information du Conseil Général, le prestataire AFI (Agence Française Informatique) et la Médiathèque Départementale du Haut-Rhin.

Calice68

Basé sur Moccam, Calice68 vous permet d’accéder simultanément aux catalogues des différentes bibliothèques du département. Il comporte pour l’instant 17 bibliothèques ou médiathèques de communes de Biesheim, Cernay, Fessenheim, Guebwiller, Kaysersberg, Kembs, Mulhouse, Ottmarsheim, Pfastatt, Roderen, Rouffach, Saint-Louis, Sainte-Croix-Aux-Mines, Sausheim, Soultz et Thann (comme pour la météo marine, je vous offre en même temps un petit moment de poésie pour le non-germanophone 😉 )Avant la couverture totale du département en 2009, 26 autres bibliothèques viendront nous rejoindre d’ici la fin de l’année.
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Printemps des poètes, Aimé Césaire

Voici un texte d’Aimé Césaire, un autre poète que j’apprécie beaucoup.

faveur

je croise mon squelette
qu’une faveur de fourmis manians porte à sa demeure
(tronc de baobab ou contrefort de fromager)
il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole
elle s’est blottie au coeur d’un nid de lianes
noyau ardent d’un hérison végétal
c’est que je l’ai instruite depuis longtemps
à jouer avec le feu entre les feux
et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée
à une quelconque des lointaines ramifications du soleil
soleil sommeil
quand j’entendrai les premières caravanes de la sève
passer
peinant vers les printemps
être dispos encore

vers un retard d’îles éteintes et d’assoupis volcans.

Poème extrait du recueil Moi, laminaire… (Edition du Seuil)

Printemps des poètes, Lionel Ray

Je profite du Printemps des poètes pour vous faire découvrir l’un ou l’autre auteur que j’apprécie particulièrement. Je commence avec Lionel Ray dont la majorité des ouvrages sont édités chez Gallimard.

Seconde après seconde le soleil
entre dans la chambre, il est venu
dans la proche montagne, a traversé
l’écroulement silencieux des nuages

Puis l’haleine de la clarté toucha
les toits et les vitres, et de mouvantes
géométries sont apparues sur la table
et le papier, cheminant entre les doigts,

Entre les mots, dans les zones indécises
du silence, et tu te demandais
si cela qui vibre sur la page était

Du temps, un temps très ancien,
visiteur furtif qui approche à pas feutrés
puis disparaît sans écho.

dernier poème du recueil Syllabes du sable (Gallimard, 1996)

Renforcer la coopération entre bibliothèques

Le contexte actuel de détérritorialisation des bibliothèques et la nécessité de développer des services impliquent à mon avis l’instauration d’une coopération renforcée entre bibliothèques tant au niveau local (communauté de communes, département, région) et national. Il serait temps d’arrêter de mettre en place chacun dans son coin ses services. On peut envisager des expérimentations ponctuelles qui une fois concluante feraient l’objet d’une mutualisation plus large.

Cette indispensable coopération concernerait à la fois les activités liées aux services « physiques » et virtuels. Voici quelques pistes non-exhaustives:

  • politique d’acquisition sur un territoire (et de conservation)
  • circulation des documents pour permettre le prêt et le retour n’importe où. Il existe déjà des initiatives dans des communautés d’agglomération ou des départements mais il serait heureux que cela soit plus systématique.
  • coups de coeur ou bibliographies critiques, soit sous forme d’édition de fascicules, soit sous forme de sites internet coopératifs autour de Zazieweb par exemple. Une grande surface spécialisée et des librairies sortent régulièrement des bibliographies. Les bibliothécaires qui sont aussi lecteurs, auditeurs ou spectateurs et plus nombreux n’arrivent pas à coopérer à ce niveau. Quel dommage!
  • coopération autour des ressources numériques à renforcer autour des associations de coopération pour négocier les droits.
  • plate-forme de questions/réponses du type Biblioses@me ou Guichet du savoir. J’entends ici où là des collègues qui réfléchissent à créer ce genre de service de leur coté… Serait-on atteint du syndrome du catalogage où chacun fait ses notices dans son établissement? Deux services du même type, c’est déjà beaucoup.
  • Numérisation des documents. Est-ce qu’on va numériser tous les mêmes documents?
  • Conservation partagée, au-delà des périodiques et du dépôt légal, quid de la musique enregistrée (vinyl, CD et DVD) et de l’image animée?
  • d’autres idées?

Quelqu’un suggérait que l’un des obstacles à une meilleure coopération entre bibliothèques serait l’empilement des compétences entre collectivités. Chacun souhaite assumer totalement la lecture publique avec en plus une compétition entre élus voir entre professionnels.

Aujourd’hui (comme avant certainement) la difficulté à coopérer tient plus aux blocages entre personnes (élus ou bibliothécaires) qu’aux difficultés technologiques et juridiques.

En lien avec le groupe de travail Bibliothèques Hybrides mis en place par l’ABF qui portera entre autres ma proposition de Bibliolab, je forme le voeu que l’esprit de coopération souffle davantage en France. Il est, me semble-t-il, un des éléments clés de notre pérennité dans les bouleversements en cours.